À Gao, les maraîchères font un pas vers la citoyennetéReportages

8 mars 2014

À Gao, le long du fleuve Niger au Mali, l’Union des Groupements Maraîchers soutient dix-sept associations locales (plus de 500 personnes) dans le développement du maraîchage. Ce soutien se matérialise principalement par des formations techniques, de l’appui-conseil et de l’appui en matériel et infrastructures (puits, clôtures, etc.).


Cependant, outre cet apport « technique », le projet recèle un autre volet très important : le renforcement des associations de l’UGM grâce à la formation de ses membres en alphabétisation et en gestion. Ces formations visent un double objectif comme nous l’explique Mahamadou Souleye, coordinateur de l’UGM : « Le but recherché est tout d’abord d’autonomiser les femmes membres de l’UGM au niveau de la gestion de leurs activités économiques : arriver à tirer un revenu décent de leur production maraîchère et améliorer la planification de leur travail. L’alphabétisation permet également de les soutenir dans la gestion institutionnelle de leur association : compte-rendu de réunions, tenue des comptes, les femmes peuvent elle-même prendre les rênes de leur association. Elles s’y impliquent davantage et y prennent souvent par la suite des responsabilités. » Outre ces deux aspects, cette formation des femmes améliore « l’encadrement des enfants à domicile par leurs mamans maraîchères (amélioration du niveau des enfants à l’école) ».

Ce renforcement des femmes membres de l’UGM permet ainsi de conforter la place de la femme au sein de son association, de sa famille, mais également au sein de sa communauté, de sa ville. Ainsi, Mahamadou Souleye explique que les femmes de l’UGM « adhèrent désormais aux campagnes du ministère de la femme et de l’enfance, les femmes participent aux élections municipales et s’impliquent dans la cohésion sociale par des sensibilisations sur la gestion des conflits. À Gao, la population est analphabète à plus de 60 %, c’est pourquoi l’alphabétisation des populations, femmes et hommes, préoccupe toutes les associations et ONG de la place. À cet effet, l’UGM a alphabétisé 251 femmes dans ses deux derniers programmes (de 2008 à 2013), car l’analphabétisme joue un grand rôle dans l’implication des populations dans les collectivités. La citoyenneté est peu développée à Gao à cause de la méconnaissance des droits fondamentaux par les populations due à leur analphabétisme. »

L ’implication démocratique au sein de son association renforce ainsi le rôle des femmes en tant que citoyennes à part entière. À tel point que Mahamadou Souleye souligne que « l’UGM dispose de deux membres qui sont conseillères communales dans les communes de Gouzoureye et Soni Ali ber grâce à leur implication associative ». Grâce à ces conseillères, l’UGM a ainsi un levier permettant de soutenir ses membres. Ainsi, « cinq associations ont réussi à se faire attribuer des terrains grâce à leurs contacts avec les chefs des villages et les élus : Hondumakoïno, Koïma Cin, Adjora, Zankaï Aljanna et Irbatou Irkoy. » Ces attributions sont très importantes, car elles garantissent que les associations ne seront pas spoliées d’un terrain dans lequel elles ont investi du temps et de l’argent : amélioration de la qualité de la terre, clôture, puits…

Pour Mahamadou Souleye, la meilleure manière d’améliorer l’implication citoyenne des membres de l’UGM est de « former et sensibiliser le plus grand nombre d’entre eux en alphabétisation, gestion et vie associative ». Ce n’est que par ces formations et leur implication associative que les gens pourront avoir tous les outils pour s’impliquer également à un autre niveau, dans leur ville et dans leur pays.

Propos recueillis par Benoit Naveau
Article publié dans le journal Terre n°142 (automne 2013), édité par le groupe Terre

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