Le développement, raison d’être du commerce équitable

5 octobre 2006

Le commerce équitable est une réussite. Le chiffre d’affaires augmente année après année, les producteurs sont satisfaits, … Mais un constat apparaît : les organisations du commerce équitable arrivent difficilement à accompagner cette croissance, et le secteur commercial privé tente quant à lui de s’engouffrer dans le marché. Explications de Luuk Zonneveld, de la Fairtrade Labelling Organizations International (FLO).

Qu’est-ce qui est au coeur de FLO?

Pour nous, l’aspect majeur du commerce équitable porte sur le développement. C’est pourquoi nous travaillons avec les producteurs les plus vulnérables, afin de leur permettre d’accéder au marché. Si nous laissions tomber ce principe, nous perdrions notre raison d’être. Tout porte sur la crédibilité de notre label. C’est pourquoi nous investissons tellement de temps et d’argent pour vérifier que ce sont bien les plus pauvres qui bénéficient du commerce équitable. FLO est la coupole mondiale des organisations nationales accordant des labels équitables, comme Max Havelaar en Belgique. Ceux qui achètent un produit sur lequel figure ce label ont la garantie qu’il est issu du travail de petits producteurs qui en ont reçu un prix juste, et qui peuvent donc développer leur activité grâce à ces revenus. En plus du prix minimum garanti, ils bénéficient également d’une prime qu’ils peuvent investir dans ce qu’ils considèrent le plus nécessaire : une route, une école, …

Si FLO s’adresse aux plus pauvres, pourquoi doivent-ils alors payer une cotisation?

Cela constitue en effet un vrai dilemme. Les producteurs doivent parfois payer plusieurs milliers d’euros pour couvrir les frais de certification.
Jusqu’en 2004, ils pouvaient s’affilier gratuitement, et la certification était payée en grande partie par nos donateurs. Mais ce n’est pas une solution durable. A cause de cela, nous avons été submergés de demandes, et cela nous prenait donc énormément de temps avant de pouvoir traiter une demande. De plus, il y avait beaucoup de propositions de produits qui ne correspondaient pas à une réelle demande, ou qui présentaient des problèmes de qualité, de logistique, … A côté de ces raisons pratiques, un important principe guide ce choix : nous voulons encourager les producteurs, même pauvres, à agir en entrepreneurs. Des entrepreneurs choisis pour le commerce équitable en raison de leurs stratégies d’entrepreneurs.

Les producteurs doivent-ils répondre à certaines conditions pour que leurs produits soient labellisés?

Au départ, les producteurs doivent répondre à certaines exigences de base. Ils doivent, au minimum, appliquer les conventions de l’Organisation Internationale du Travail (OIT). Le travail des enfants est ainsi interdit. Par la suite, ils doivent répondre à des conditions supplémentaires chaque année.

Et si un producteur n’enregistre aucune amélioration?

Il recevra d’abord un avertissement. Ce sera par exemple le cas si l’organisation ne parvient pas à montrer où l’argent gagné est allé. Et si le problème continue, alors cette organisation sera temporairement exclue du commerce. Dans une dernière phase, elle peut se voir retirer sa certification. Mais cela n’arrive que très rarement. Il y a 25 personnes de FLO qui accompagnent les producteurs du Sud. Nous exigeons par exemple qu’au bout d’un certain temps, un producteur soit légalement enregistré. Ce qui est parfois compliqué car beaucoup d’agriculteurs n’ont pas de titres de propriété sur la terre ou parce qu’il est trop coûteux de les obtenir. Nous les soutenons donc en faisant appel à un avocat, en traduisant les documents, etc.

Quid des conditions de travail dans le reste de la chaîne, lors du transport par exemple?

Il est clair que FLO souhaite aussi y améliorer les conditions de travail, mais jusqu’à présent cela ne constitue pas une condition de labellisation. Depuis un an, nous travaillons à un concept qui couvre l’ensemble de la chaîne. Mais les défis sont énormes. Sommes-nous capables, en tant qu’organisation de certification, de garantir que toute la chaîne réponde aux exigences? Combien coûtera une telle vérification? Qui paiera? Est-ce que cela ne rendra pas le produit totalement inabordable? Les questions sont nombreuses.

FLO semble avoir une image très “commerciale

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