Nos choux en vertGestes pratiques

29 avril 2008

dejouer-pubDodo, tètée, pipi, caca . . . la naissance d’un bébé nous apprend à interpréter les nécessités de nos petits à travers les signaux qu’ils nous envoient. Bien qu’à leur sanglots nous associons souvent les symptômes de la faim ou du sommeil, nous pensons moins spontanément au besoin d’uriner ou de déféquer, ce qui « oblige » à recourir aux couches, jetables dans la plupart des cas. Cependant, une observation plus attentive de nos enfants pourrait venir au secours de l’environnement ainsi que de notre portefeuille. C’est en tout cas le pari des adeptes de l’Hygiène Naturelle Infantile.

Les couches sont devenues un élément indispensable pour la plupart des mamans occidentales. On en trouve de toute sorte et dimension sur le marché : version « jetable » ou, plus écologique, « lavable ». Pourtant, leur impact sur l’environnement reste considérable : des tonnes de plastiques, de gels absorbants et de pâte de cellulose jetés chaque année à la poubelle dans le premier cas ; beaucoup de litres d’eau et de lessive gaspillés pour laver les secondes, qui posent aussi le problème du coton utilisé pour leur fabrication (pas nécessairement bio et produit peut-être en utilisant des engrais chimiques ou des semences OGM). Une voie alternative aux couches existe qui s’appelle « Hygiène Naturelle Infantile – (H.N.I.) » – aussi connue sous les noms anglais de « Elimination Communication » ou « Infant Potty Training ». Elle se base sur l’idée que tout bébé est capable de communiquer avec ses parents sur certains besoins et qu’il sait contrôler l’élimination (contrairement à ce qu’on pense en Occident). C’est aux parents, alors, d’arriver à décoder les signaux de leurs petits – tout en s’aidant avec l’observation du timing de leurs pipis et cacas – et à leur apprendre la propreté dès la naissance, en associant souvent à un son le moment de l’élimination. Un petit pot toujours à portée de main ou une course au lavabo seront nécessaires.

Ça existe ailleurs

Certaines mamans dans le monde, d’ailleurs, n’ont aucune idée de l’existence des « couches culottes ». Sans hésitation, elles savent quand leur petit a besoin de faire pipi ou caca et l’amènent directement éliminer dans la nature. Certes, les styles de vie en Occident sont bien différents de ceux en Afrique ou en Asie, mais rien n’empêche d’adapter certaines habitudes à nos rythmes. Laurie Boucke l’a fait. Fin des années 80, elle donne naissance à son troisième enfant. Elle rencontre alors une dame indienne qui lui montre comment les bébés de son pays éliminent. Une fois le petit de Laurie privé de ses langes, l’indienne le prend par les cuisses et l’invite à se libérer. « Bouche bée, je la regardais communiquer avec mon minuscule bébé de 3 mois, qui semblait instinctivement savoir ce qu’elle attendait de lui ». Elle se souvient alors toutes les fois où, pendant ses voyages en Inde, elle avait remarqué des enfants faisant leurs besoins dans la nature, assistés par leurs proches. « Comme beaucoup d’autres, je supposais à tort qu’il était impossible à des Occidentaux de faire de même ». Pourtant, après l’avoir vu de son amie asiatique, elle parvint à adapter cette méthode à son mode de vie, pour arriver à n’ utiliser des couches que de temps à autres.

Depuis lors, cette dame américaine a publié pas mal de bouquins sur l’H.N.I.et est devenue un point de repère pour les parents qui tentent de ne faire entrer les couches chez eux qu’un minimum (ou pas du tout !).

Une danse de solidarité

Toute maman (mais aussi papa, mamy/papy ou nounou) peut appliquer l’Hygiène Naturelle Infantile à tout enfant sain, pourvu qu’elle aie du temps (pas forcement toute la journée) et beaucoup de patience à y consacrer.

« L’Hygiène Naturelle Infantile est une danse de solidarité qui se développe à partir de l’amour et du respect de l’autre, tout comme l’allaitement maternel », selon l’avis de Sarah J. Buckley, médecin généraliste néo-zélandais et auteur d’ouvrages consacrés à la grossesse et la maternité. Elle est mère de 4 enfants et ce n’est qu’avec le dernier qu’elle a expérimenté l’H.N.I.. « Quand un ami m’a parlé de Elimination Communication, j’étais vraiment enthousiaste. J’avais déjà lu que les femmes africaines stimulent l’élimination des enfants leur chuchotant un ‘psss’ dans l’oreille. (. . .) La première fois que j’ai essayé, j’ai mis ma petite sur le lavabo et j’ai reproduit le ‘psss’. Pour mon plus grand plaisir, elle a commencé à uriner ».

Le chemin est parsemé d’échecs, bien entendu. Beaucoup de mères se désespèrent, dans l’attente en vain que leur bébé lance les « fameux signaux », pas nécessairement évidents et pouvant donner lieu à des malentendus. C’est alors que des petits accidents se succèdent, tel un pipi sur la jupe d’une amie ou de véritables grèves de la part de l’enfant, qui amènent certaines à jeter l’éponge. Cependant, « c’est absolument indispensable d’ignorer ces accidents au niveau émotionnel : un coup de torchon, un pantalon à laver, et c’est vite fait, mais surtout pas de plaintes. Cela aide à révoquer toute grève et à faire disparaître les incidents petit à petit. C’est toujours mieux de ‘recevoir quelques pipis’ que de ne pas s’apercevoir des signaux du bébé », affirme une maman qui a élevé trois enfants sans couches. Et quand bien même on arrive à comprendre le bébé, à collaborer, un autre obstacle peut arriver : la crèche. Si vous demandez à une puéricultrice si elle pratique de l’hygiène naturelle, « quoi ? » sera la réaction la plus fréquente. Dans les cas les plus heureux, elle répondra : « si les parents nous le demandent, on utilise des couches lavables, mais pas de . . . comment ça s’appelle, encore ? »

La HNI s’adresse donc principalement aux parents qui ne travaillent pas ou qui peuvent consacrer au moins une demi-journée à leur bébé en dépit du boulot.

Emanuela Giovannetti

Photos: Anne Geddes

Pour en savoir plus :

  • « Infant Potty Training: A Gentle and Primeval Method Adapted to Modern Living » et « Infant Potty Basics: With or Without Diapers… the Natural Way » de Laurie Boucke
  • « Mothering, Mindfulness and a Baby’s Bottom: An introduction to Elimination Communication » de Sarah J. Buckley MD” http://www.sarahjbuckley.com/mothering-mindfulness-baby-bottom.htm
  • « The Gentle Wisdom of Natural Infant Hygiene » de Ingrid Bauer
  • « L’hygiène naturelle de l’enfant » de Sandrine Monrocher-Zaffarano

5 commentaires sur “Nos choux en vert”

  1. de greef marie dit :

    Jamais je n’ai entendu parlé de cette « méthode » instaurée comme telle par des américain(e)s ou assimilées.En Afrique ou en Asie les mères ne parlent pas de « méthode » et n’ont pas d’autre choix!
    Je viens d’assister en temps que responsable de crèche à une réunion sur le sujet des langes (jetables, compostables ou lavables)
    La tentation est grande de se dire que nous trouvons là (dans l’application de HNI)une solution miracle à ce gros souci des déchets. Pour moi il s’apparente plus à un dressage de l’enfant, surtout utile au portefeuille des parents (mais pourquoi pas après tout?) et qui ne tient pas compte des capacités réelles de l’enfant et du respect de son développement personnel. Il suffit de décortiquer cet article pour constater qu’on parle surtout du plaisr de l’adulte et pas de celui de l’enfant. Or ses apprentissages sont fondamentalement liés à la notion de plaisir, de sa satisfaction personnelle.
    Mais il est vrai qu’en Amérique, on prône aussi l’apprentissage précoce (moins de trois ans!) de la lecture, les concours des plus beaux bébés avec toutes les excentricités (voire les maltraitances) qui les accompagnent et qu’on crée des écoles pour surdoués un peu partout! Je reste persuadée que les individus qui achètent des armes « pour défendre leur famille » sont plutôt des sousdoués des relations humaines.
    Alors de grâce, ne nous laissons pas entraîner dans une mode pseudo scientifique pour nos petits bouts…

  2. Joël dit :

    Je trouve que la réaction de Marie témoigne d’un manque d’ouverture, en américanisant le sujet et en faisant un sujet négatif à l’aide de comparaison négative en guise d’argument, elle s’écarte du sujet.
    Pourquoi penser d’emblée que l’enfant ne retirerait pas du plaisir en se soulageant et en passant un moment privilégié avec celui qui s’occupe de lui?
    On doit pouvoir être capable d’admettre que des choses peuvent nous échapper sans pour autant les classer comme inintéressantes par défaut parce qu’elles n’entrent pas dans le cadre de ce qu’on connait déjà. Je serais plutot d’avis de m’ouvrir et d’essayer de comprendre comment ça fonctionne plutot que de sous-entendre que si ça fonctionne c’est qu’il y a de la maltraitance…
    Imaginons qu’on démontre que c’est une ‘méthode’ qui fait ses preuves et qu’il n’y a aucune maltraitance, il faudrait des années avant qu’une crèche ne fasse le pas car il faudrait que la pratique soit passée dans les moeurs avant.
    Tout ça pour dire que tant qu’un nombre suffisant de personnes (ouvertes) n’auront pas essayer ce genre de pratique la majeure partie des gens la condamneront.
    On croit tout savoir dans nos pays occidentaux, même si on sait beaucoup de choses, c’est faux, il me semble nécessaire d’être ravi d’apprendre des choses d’autres cultures, et c’est entre-autre ça qui nous en rapprochera et diminuera cette phobie (naturelle) que nous avons de l’autre.

  3. Carine dit :

    Bonjour,
    connaissez-vous le magazine Grandir Autrement ? http://www.grandirautrement.com
    C’est le premier magazine pour les parents nature et leurs bout de chou ;-)
    Nous venons d’éditer un Guide des couches lavables dont un chapitre traite aussi de l’hygiène naturelle infantile http://blog.grandirautrement.com/index.php/2008/04/03/170-tout-savoir-sur-les-couches-lavables
    Je voulais aussi ajouter que l’HNI aux Etats-Unis n’est pas une méthode, pas plus qu’en France et en Chine ;-) Tout ce qui est « méthode » implique un cadre rigide alors que l’HNI, qui est communication, est quelque chose de souple et de flexible. C’est à adapter en fonction de chaque couple parent-bébé !

  4. Carine dit :

    Je vous invite également à visiter mon blog :
    http://hygienenaturelle.unblog.fr/

  5. sibylle dit :

    Je pratique l’HNI avec ma plus petite et je l’ai pratiquée avec ma plus grande. Et la 1e réaction que je lis me hérisse le poil. L’HNI n’est pas une méthode, elle n’a rien d’américain et ne s’apparente pas au dressage.
    Ce n’est pas une méthode car les parents n’apprennent rien au bébé: ils se contentent de l’observer et de découvrir les signes qu’il envoit- ils le font tous- au moment où le besoin d’uriner ou de déféquer se fait sentir. Un nouveau- né de quelques heures a un système nerveux central en parfait état de fonctionner: il sent donc la pression de l’urine sur son sphincter. Idem pour les selles. PAr contre, il ne sait pas retenir l’émission mais il sait, au moment où il sent que ça vient, le signaler. Au fur et à mesure que le temps passe, le délais s’allonge et le parent à plus de temps pour réagir (et donc, à moins de chance de se faire asperger).
    Ce n’est pas une « méthode » américaine (mais où diable a- t- elle été chercher ça? Marie n’a pas dû voyager beaucoup dans sa vie- sauf peut être dans les hôtels 4* en all in…) mais bien une pratique ancestrale. J’ai pas mal baroudé en Afrique dans ma folle jeunesse et c’est monnaie courante: pampers, nettement moins. C’est d’ailleurs en m’inspirant de leur façon d’être et de faire que j’ai commencé l’HNI.
    Ce n’est pas du dressage- sauf peut être celui du parent qui doit apprendre à rédecouvrir le langage des nouveaux- nés- langage que nous comprenons de moins en moins par chez nous, malheureusement. Le dressage, c’est plutôt de laisser le bébé dans une couche et le forcer à s’uriner et se déféquer dessus malgré les pleurs et les signaux qu’il envoit pour que ça n’arrive pas…

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