A quand l’informatique écologique et éthique ?Clés pour comprendre

9 décembre 2008

A quand l’informatique écologique ET éthique ?Il est des innovations qui font partie intégrante de notre quotidien. L’ordinateur, par exemple, s’est installé dans nos maisons et nos lieux de travail… pour ne plus les quitter. Et pour cause : il permet de s’informer en temps réel, de communiquer avec des personnes vivant à l’autre bout du monde, de transmettre des données… Mais, il apporte aussi son lot de problèmes : sa contenance en matériaux polluants et source de conflits, ainsi que son recyclage.

De quoi est composé notre ordinateur? Quels matériaux s’y retrouvent ? Peu d’entre nous le savent… Et, pourtant, le tantale, un métal utilisé dans la fabrication des condensateurs électroniques de nos ordinateurs, est au cœur de rivalités et inégalités.

Coltan aux mains d’argent

Le tantale provient du coltan, un minerai enfui principalement dans les sous-sols de l’Est de la République démocratique du Congo. Dans un contexte politique assez complexe, il est devenu l’une des sources de conflits du pays ainsi qu’une source financière très rentable. Afin d’éviter les pillages, certaines mines sont quadrillées par des milices, rebelles et militaires congolais ou d’anciens soldats rwandais financés par le coltan. La population en tire très peu de profit. C’est elle pourtant qui recherche sans relâche les particules de coltan ! Son exploitation rapporte plus que celle de l’agriculture, mais n’est toutefois pas récompensée à sa juste valeur.

Pour prospecter le coltan, des hommes, femmes et enfants ratissent le fond des rivières, des ruisseaux, la forêt, le creux des montagnes ou bien creusent dans la roche des puits de plus de 20 mètres de profondeur. Un travail qui commence tôt le matin jusque tard le soir. Ils ont pour seuls outils, burins, pelles, barres à mine, marteaux… Une fois les particules de coltan obtenues, elles sont déversées dans des sacs, puis acheminées jusqu’au comptoir du négociant. qui évaluera la qualité du coltan.

Le danger guette constamment les travailleurs, particulièrement les creuseurs des puits. Les risques d’éboulements et d’accidents dus aux pentes raides et aux sites mal entretenus, ainsi que le manque d’air dans le puits peuvent entraîner la mort.

Manipuler le coltan à mains nues n’est pas sans risques : il est radioactif, car il contient de l’uranium en petites doses. Maladies respiratoires, irritations des yeux… autant de problèmes de santé développés par les prospecteurs de coltan. Autre danger : l’exploitation du coltan engendre des bouleversements environnementaux importants. Creuser un puits, piétiner la terre, raser les forêts pour faire place à des mines ou pour faire du feu, remuer la terre qui devient alors inexploitable pour l’agriculture et l’élevage… Ces activités modifient la faune et la flore de la République démocratique du Congo.

Déchets informatiques exportés

Les produits informatiques évoluent perpétuellement ; ils deviennent de plus en plus performants. Ce qui augmente la quantité des déchets informatiques. Celle-ci est évaluée par le Programme des Nations Unis à 50 millions de tonnes par an. D’où l’importance de les recycler. C’est ainsi que la directive européenne DEEE a pour but de favoriser le recyclage des déchets d’équipements électroniques et électriques, la directive RoHS restreint des substances dangereuses à utiliser lors de la fabrication d’ordinateurs, et la Convention de Bâle fixe des règles visant à contrôler, au niveau international, les mouvements transfrontières et l’élimination des déchets dangereux pour la santé humaine et l’environnement. Pourtant, d’après une enquête de Greenpeace, seulement 30% des déchets informatiques sont traités.

Vous n’en savez que faire de votre vieil ordinateur ?
- S’il fonctionne, donnez-le soit à des associations caritatives ou entreprises d’économie sociale, soit au CPAS de votre commune.
- S’il ne fonctionne plus, apportez-le dans un parc à conteneurs, c’est gratuit. Mais, si vous désirez en acheter un nouveau, ramenez-le gratuitement dans le magasin où vous faites votre achat (même si le vieil ordinateur a été acquis ailleurs).
Plus d’infos sur le site de Réseau Eco-Consommation

Et qu’en est-il des 70% restants ? La plupart des vieux ordinateurs sont envoyés dans les pays en développement afin de réduire « la fracture numérique ». Un geste de solidarité ? Pas tant que çà ! De cette manière, les entreprises occidentales ne financent pas le recyclage des déchets.

La plupart du matériel offert ne peut être réparé et finit alors dans les dépotoirs des pays asiatiques et africains. Qui n’en mesurent pas les dangers. En effet, les habitants africains et asiatiques extraient les composants des vieux ordinateurs par différents procédés (l’incinération pour extraire le cuivre, l’utilisation du chalumeau, la manipulation de produits contenant du mercure, du plomb…) et ce, pour en tirer bénéfice. Une activité qui n’est pas sans risque pour la santé : le fait de respirer les fumées toxiques des déchets brûlés et du méthane, peut provoquer asthme, anémie et infections de la peau. Voire pire… Les déchets qui finissent souvent dans la rivière se trouvant à quelques mètres du dépotoir polluent l’eau utilisée par les habitants et agriculteurs. Ils sont alors exposés à un niveau élevé de plomb qui engendre des effets néfastes sur le système nerveux et sur le cerveau. Ils peuvent également s’empoisonner au cadmium qui endommage les organes internes, particulièrement les reins et qui provoque des cancers.

Sachant que les avancées technologiques sont nombreuses et que les ordinateurs subissent moult changements, le problème s’intensifiera d’ici quelques années. Il est donc tant que les entreprises prennent le problème des déchets informatiques à bras le corps !

Actions « vertes » de l’industrie informatique ?

Nombreuses sont les substances toxiques que contiennent les ordinateurs: plomb, mercure, cadmium… Pour diminuer l’impact qu’engendrent les ordinateurs sur l’environnement, l’industrie informatique peut acheter des matériaux moins polluants et plus facilement recyclables.

Des labels globaux « verts » qui couvrent l’ensemble du cycle de vie d’un matériel informatique ont d’ailleurs vu le jour : Blue Angel, la plus vieille certification environnementale dans le monde ; l’éco-label TCO qui distingue les écrans de bonne qualité et respectueux de l’environnement ; l’EPEAT qui permet aux entreprises d’évaluer et de comparer des matériels informatiques ; et le label écologique européen « Ecolabel » qui est attribué aux produits et services respectant certains critères écologiques.

Pour la réduction de consommation d’énergie, il y a également le programme « 80plus » qui vise à augmenter l’efficacité énergétique des alimentations électriques des matériels informatiques et le label « Energy star », la certification internationale des appareils économes en énergie.

Sur le marché arrivent des produits dits « plus respectueux de l’environnement » : ordinateur en bambou, en bois… Mais le sont-ils vraiment ? Une question que s’est posée Greenpeace à travers une enquête. Il en résulte que les fabricants prennent de plus en plus au sérieux les impacts de leurs produits sur l’environnement, mais un long chemin leur reste à parcourir. En effet, le consommateur doit choisir entre un produit sans toxiques et un produit économe en énergie. Selon Greenpeace, un appareil vraiment écologique doit être à la fois recyclable, peu énergivore, exempt de substances dangereuses et avoir une durée de vie longue. Un défi à relever pour l’industrie informatique !

Ludivine Beumier

En savoir plus :

    « Pour une high-tech responsable », une note sur 10 est attribué aux dix-huit plus gros fabricants mondiaux de téléphones mobiles, d’ordinateurs, de téléviseurs et de consoles de jeux, d’après les informations qu’ils mettent à la disposition du grand public sur leurs sites Internet et selon 3 types de critères : gestion des substances chimiques toxiques, gestion des déchets électroniques, prise en compte de l’enjeu climatique.
    « Déchets électroniques, pas de ça chez moi ! » , une enquête réalisée par Greenpeace sur le marché mondial des produits électroniques et électriques afin d’évaluer la quantité de déchets toxiques générés dans ce secteur.

Un commentaire sur “A quand l’informatique écologique et éthique ?”

  1. Merci pour parler du coltan.
    Un humanitaire a Goma, RDC.

    http://stopthewarinnorthkivu.wordpress.com

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