Tout le monde dehors !Clés pour comprendre

4 août 2009

dominique-cottereauFormatrice, chercheuse et consultante en pédagogie de l’environnement, Dominique Cottereau est aussi co-fondatrice d’Echos d’Images, une association bretonne qui sensibilise à l’environnement, forme à sa pédagogie et offre des conseils au développement de projets. Dominique nous parle avec passion des liens à retisser avec le monde non humain, de la place de l’imaginaire et de l’importance de « mettre tout le monde dehors ».

Quel est votre parcours ? Comment avez-vous atterri dans le monde de l’Education relative à l’Environnement (ErE) ?

A l’origine, j’étais professeur d’éducation physique. Un jour une association m’a proposé d’animer une classe de mer. Cela a été le déclic pour moi. J’ai adoré être sur les grèves plutôt que dans une salle de sport. Je me suis alors réinscrite à l’Université de Tours en sciences de l’éducation, pour essayer d’analyser, d’interpréter, de comprendre cette pédagogie du milieu que je développais de façon spontanée. J’ai mené une recherche qui a débouché sur un doctorat. Ce fut l’occasion pour moi à la fois découvrir des gens passionnants et des concepts qui parlaient d’un autre rapport au monde que celui du savoir savant, celui de l’imaginaire et de l’expérience directe et corporelle dans les milieux. Lors de mes études, je continuais d’être animatrice dans un centre de classes de mer et donc je mettais mes découvertes conceptuelles en pratique. Après ma thèse, j’ai participé à la création de l’association Echos d’Images, dans laquelle je développe les domaines de l’évaluation, de la formation d’animateurs et du conseil. Echos d’Images se spécialise sur l’alternance écoformatrice, c’est-à-dire alterner démarches rationnelles de découvertes environnementales et démarches expérientielles et artistiques dans les milieux et avec les matières. J’ai également rédigé ouvrages et articles afin de vulgariser celles-ci. Et je poursuis aujourd’hui au travers de nouvelles recherches actions qui me mènent toujours en avant dans la pédagogie de l’environnement. Je suis bien sûre impliquée dans les différents réseaux associatifs français d’éducation à l’environnement.

En quoi vous sentez-vous passionnée d’ErE ?

L’ErE permet de parler d’éléments, de choses dont on n’a pas l’habitude de parler : le monde non humain, ce milieu dans lequel on vit, grâce auquel on vit, et qui n’est pas valorisé dans notre société. Quand j’étais enfant, ce monde non humain là m’a beaucoup porté, j’ai été écoformée par la rivière, les arbres, les prairies, la mer, les plages… Finalement, ce monde a été tellement abîmé, que j’ai eu envie de participer au mouvement. L’ErE redonne de la valeur et du sens à l’intégration de ces éléments-là dans nos vies humaines à nous.

Concrètement, d’un point de vue pédagogique et de sensibilisation, que proposez-vous ?

En pédagogie, il est très important de remettre en lien les gens avec le monde qui les entoure. Le monde actuel sépare trop souvent nature et culture. Tout mon travail consiste à remettre les personnes en lien avec l’environnement qui les entoure. Et donc de les amener dehors, faire rêver les enfants sur l’eau, sur la forêt, les faire écrire, jouer, manipuler… et pas simplement expliquer d’un point de vue scientifique. Bien sûr, c’est important d’expliquer, mais de temps en temps, pour s’impliquer, il faut être au milieu des choses. Avec des adultes qui ne sont pas spécialement sensibles à l’environnement, un moyen d’entrer en éducation à l’environnement, c’est de leur faire parler de leur relation avec le milieu : dans leur vie, existe-t-il des éléments forts, des milieux, des paysages, des territoires… ? Quand on explore ça avec eux, ça met tout de suite en lumière ce monde non humain et ils prennent conscience qu’ils ont une relation écologique avec le monde qui les entoure. Ca donne un autre regard, une autre conscience, une autre attitude, une autre vigilance. Ca a marché avec tous les groupes que j’ai eu en animation. On sentait qu’il y avait un avant et un après, et que l’environnement, c’était pas que des choses techniques et scientifiques entre gens déjà éclairés sur les sujets.

Un conseil à un futur animateur ou éducateur à l’environnement ?

Ne pas se contenter d’une éducation à l’environnement dans les salles de classe, dans les salles de cours, dans les salles de formations. Il est essentiel de consacrer énormément de temps en contact avec les milieux. Si on n’incorpore pas le monde qui nous entoure, on ne peut pas le comprendre, on ne peut pas y participer. La première marche vers un agir environnemental est de prendre conscience qu’on fait partie du monde et que le monde fait partie de nous aussi. C’est dans cette réciprocité-là que peut se construire selon moi l’engagement environnemental. Donc, mettez tout le monde dehors quelles que soient les formes pédagogiques !

L’ErE dans 20 ans ?

J’aurais un rêve plutôt qu’une prévision, c’est que l’ErE n’existe plus, tellement l’environnement serait intégré à l’éducation au sens large. C’est pas normal qu’on ait dû un jour inventer l’éducation à l’environnement. L’éducation du rapport au monde fait partie de l’éducation.

Propos recueillis par Céline Teret
Article réalisé dans le cadre du dossier « Porteurs d’ErE : ces métiers qui portent l’éducation à l’environnement » de Symbioses (n°83 – été 2009), magazine du Réseau IDée

Un commentaire sur “Tout le monde dehors !”

  1. Nikles dit :

    Madame,
    Je suis enseignante à Lausanne en Suisse et parallèlement à mon activité professionnelle j’organise des promenades en ville de Lausanne pour les petits (3-7 ans) et leur famille. Intéressée par les questions d’éducation à l’environnement, je suis tombée par hasard sur votre livre « Chemins de l’imaginaire » dans lequel j’ai trouvé beaucoup de parallèles avec ma démarche. Particulièrement cette envie de relier les enfants à leur environnement, leur ouvrir les yeux (et le cœur!) sur la richesse de ce qui les entoure. Je les emmène à la découverte de coins de nature proche de leur quartier à leur grand émerveillement mais également à celui de leurs parents et des leurs enseignant(e)s car j’accompagne également beaucoup de classes enfantines sur ces parcours. C’est une manière d’enseigner qui me passionne. Je suis tellement d’accord avec vous sur votre proposition de mettre « tout le monde dehors ».
    Mon but est de convaincre mes collègues de sortir plus avec leurs élèves. Notre plan d’études nous y encourage vivement d’ailleurs mais dans les faits, j’observe que le message est difficile à faire passer. Le manque de temps est souvent l’argument mis en avant.
    Je ne désespère pas, je continue de trottiner avec des petits et leurs parents ou leur enseignant(e). Un pas après l’autre on avance et on va bien finir par y arriver.
    J’ai écrit un petit recueil de promenades spécialement conçu pour les enfants, c’est avec plaisir que je vous en offre un. Pour cela j’aurai juste besoin de votre adresse. Si par hasard vous venez donner une conférence en Suisse romande, ce serait un plaisir de venir vous écouter. Tenez-moi au courant de votre éventuel passage!
    Bonne continuation et merci pour votre engagement.
    Cordiaux messages.
    Floriane Nikles

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