A l’école des compétences : de l’éducation à la fabrique de l’élève performant

9 août 2011

Cet ouvrage, rédigé telle une enquête sur base des interrogations de l’auteure, part d’une réflexion sur le système des « compétences acquises » par les élèves et explore aussi les questions liées à l’efficacité et les performances dans le monde du travail. L’auteure propose également des pistes pour une « autre école ».

Professeure de philosophie, l’auteure de ce livre a été confrontée comme nombre d’enseignants à une forte incitation émanant de l’Éducation nationale (en France) : celle d’évaluer systématiquement les « compétences acquises » par les élèves, sur des critères préétablis. Frappée par l’utilitarisme de cette méthode, elle a voulu en savoir plus sur son origine. À sa grande surprise, elle a découvert l’omniprésence de l’« approche par compétences » dans l’éducation : depuis les années 1980, celle-ci est de plus en plus utilisée, dans les pays du Nord comme du Sud, de la maternelle à l’université, pour l’évaluation personnelle des élèves comme pour celle des systèmes éducatifs nationaux. Ce qui l’a amenée à explorer un univers méconnu : celui du « marché des compétences », fondé sur la théorie du « capital humain », promue par des institutions internationales comme l’OCDE et l’Unesco.
Ce livre restitue l’enquête conduisant à ces découvertes, la prolongeant par un double questionnement. Si l’approche par « compétences » progresse dans les systèmes éducatifs grâce à l’ignorance de ce qu’elle recouvre, les enseignants n’en sont-ils pas les instruments inconscients ? Mais comment s’opposer à une approche qui se place au service de l’individu et de son « employabilité », même si c’est ainsi qu’elle opère la transformation de l’Éducation nationale en « fabrique de ressources humaines » ? S’appuyant sur l’analyse de pratiques concrètes d’enseignement, Angélique del Rey explore les voies d’une « autre école » qui, plutôt que d’armer les élèves pour une « vie moderne » standardisée, assume les défis de la situation.
Elle plaide pour qu’enseignants et parents encouragent, par leur éducation, les jeunes à « suivre leur chemin », quitte à les mettre en conflit avec les principes utilitaristes qui prévalent. C’est le prix pour que ceux-ci sachent demain s’épanouir dans le monde et le transformer.

Cet ouvrage, rédigé telle une enquête de terrain, explore le monde des compétences à l’école et, par extension, d’autres secteurs, tel que le travail. L’auteure pointe notamment un monde du travail où les compétences ont pris le dessus sur les qualifications, au point où il est sans cesse demandé à l’employé d’être flexible et polyvalent, de s’adapter, d’apprendre et de désapprendre, y compris « désapprendre à être ». Elle dénonce aussi un système néo-libéral dans lequel on investit dans la connaissance, dans lequel le « capital humain » est source de compétitivité, dans lequel l’humain est mis au service de l’économie. Au fil du récit, l’auteure s’interroge, apportant ses éléments de réponse, sur base de lectures, d’expériences personnelles, de rencontres, d’exemples. Cette philosophe propose aussi des solutions pour une autre école, invitant les élèves à faire leurs propres choix d’avenir, même s’ils semblent en dehors de la « norme » ; défendant une autre forme d’efficacité ; reconnaissant l’existence et la valeur du conflit ; prenant davantage compte du vécu, de l’expérience, de la complexité des réalités.

« A l’école des compétences : de l’éducation à la fabrique de l’élève performant », A. del Rey, éd. La Découverte, 2010. 19€

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