Kinshasa Kids, un film sur les enfants-sorciersFocus

2 février 2013

À Kinshasa, des milliers d’enfants vivent dans les rues. Chassés de leur domicile parental, ils tentent de survivre dans un univers hostile et s’accrochent à la musique, comme à un rêve. Au travers d’un film de fiction, le réalisateur belge Marc-Henri Wajnberg témoigne avec justesse de leur quotidien.

« Que le feu brûle au nom de Jésus, qu’il brûle les mauvais esprits… Au nom de Dieu, sors de ce corps… Dis-leur ce qu’il va t’arriver si tu continues la sorcellerie… La mort ! » C’est sur cette première scène «  coup-de-poing » que s’ouvre Kinshassa Kids, le nouveau film de fiction du réalisateur belge Marc-Henri Wajnberg. « Près de 25 000 enfants accusés de sorcellerie sont rejetés par leur famille et vivent dans les rues de Kinshasa, explique Marc-Henri Wajnberg. En les suivant, je suis entré dans le monde occulte des « Églises du Réveil » dirigé par des pasteurs pentecôtistes et j’ai assisté à cette séance d’exorcisme pratiquée sur ces enfants. »

Au cinéma Vendôme dès le 6/02/2013
Jusqu’à présent, Kinshasa Kids a été sélectionné dans une vingtaine de festivals et a obtenu deux prix.

Kinshasa Kids montre le rejet dont sont victimes les « shégués », ces enfants kinois accusés de sorcellerie et dont les parents sont divorcés. « Lorsqu’un couple se sépare, la mère sans ressource est souvent obligée d’aller vivre chez un proche qui n’accepte pas d’héberger son enfant. Il reste donc très souvent avec son père et sa nouvelle belle-mère. Cette dernière n’a pas forcément envie de prendre en charge cet enfant issu d’un mariage précédent et le stigmatise, en l’accusant de sorcellerie », raconte le réalisateur qui s’est inspiré du vécu des jeunes kinois qu’il a rencontré et embauché dans son film.

Monde qui bouge : Quel avenir pour ces enfants ?
Marc-Henri Wajnberg : « Je suis en contact régulier avec des associations pour que les enfants qui ont participé à mon film retournent à l’école. Pour les autres, je travaille à mettre en place un programme de réinsertion. Beaucoup d’associations sont présentes à Kinshasa et leur apportent leur aide. Mais souvent, le mal est déjà fait. Il manque des initiatives en amont, pour lutter contre le rejet de ces enfants par leur famille et les fausses croyances dont ils font les frais. C’est à ce niveau-là qu’il faut agir. »

À côté de ces histoires singulières, le film dresse le portrait d’une Kinshasa ambivalente, au cœur de laquelle des enfants luttent pour leur survie. Entraînements au combat sur les toits, larcins dans les marchés, petits boulots dégotés ici et là, bruit, pollution, coupures de courant… Kinshasa est tiraillée entre chaos et allégresse. Au travers du jeu d’acteurs non professionnels, humour, spontanéité, joie et couleurs transparaissent. Ce sont toutes ces facettes qui ont attiré l’attention du réalisateur qui livre un patchwork singulier de cet univers urbain.

Mélange de genres

Pour obtenir le dossier pédagogique du film, écrire à wajnbrosse@wajnbrosse.com

Musique classique, rap, raggamuffin, mélange de genres… Les genres musicaux se croisent comme les gens dans Kinshasa Kids. Pour rendre compte de cette diversité, Marc-Henri Wajnberg a opté pour un genre cinématographique flirtant entre fiction et  documentaire. « Les gens jouent un rôle, ce qui n’empêche pas que certains des personnages tiennent le langage qu’ils m’ont tenu lorsque je les ai rencontré le première fois, hors caméra, explique-t-il. Scénariser le croisement de ces personnes m’a permis de dresser un portrait plus exhaustif, de parler de Bebson le musicien, de la pauvreté, du travail des enfants, de la corruption, des viols aussi. »

Un film à la fois coloré et éclectique, à l’image de son réalisateur qui a tourné plusieurs documentaires, un long-métrage sur le jazz, ainsi que les « Claps » de la RTBF.

À partir de 13 ans


Delphine Denoiseux

(Photo : Wajnbrosse Productions)

Un commentaire sur “Kinshasa Kids, un film sur les enfants-sorciers”

  1. BERTRAND DOMINIQUE dit :

    Je tiens à apporter une précision pour que nous ne faisons point d’amalgame !
    Suis évangélique et missionnaire au Bénin et vous assure que je suis extrêmement contre ces pratiques (délivrance) de sois disant pasteur dit « évangélique »
    Je connais bien l’Afrique pour dire que vu la pauvreté des peuples certains ont trouvé le filons « religieux » et s’autoproclame « Pasteur » et ouvre une église dite « évangélique » et ramasse les dimes, les offrandes et font payer les séances de délivrances sur adultes et enfants
    En Afrique avoir une église est un business très lucratif (aussi utiliser par des marabouts musulmans au Burkina Faso et autres dans certaines mosquées)
    Mais (ce que le film ne dit pas) il s’y trouve aussi de vrais pasteurs (ou missionnaire étranger) de vocations qui développent des orphelinats pour les enfants entre autre aussi dit « sorciers »

Laisser une réponse