Femmes et environnement… quel rapport ?Reportages

27 mai 2013

L’Université des Femmes, en collaboration avec Amazone et Le Monde selon les Femmes, organisait une journée d’étude sur les femmes et les défis écologiques. Des actions « vertes » portées par les femmes aux discriminations auxquelles elles font face, quelques retours et détours réflexifs sur cette journée et sur l’alliance possible entre mouvements écologistes et féministes.

Femmes et environnement. Me voilà quelque peu dubitative… Les femmes seraient-elles plus proches de la nature, de l’environnement que les hommes ? Ont-elles une propension plus importante, voire plus évidente, à sauver la planète ? Pourquoi parler des femmes dans leur rapport à l’environnement, alors qu’on est toutes différentes ? Bref, quelle pertinence à organiser une journée d’étude autour de cette question ? Si ce n’est, peut-être, pour mettre en avant les actions « vertes » portées par les femmes. Voilà, en toute sincérité, ce qui me titillait lorsque j’ai franchi le pas de la porte de l’Université des Femmes pour assister à cette journée intitulée « Les ELLES vertes : femmes et défis écologiques ».

Et en même temps, depuis longtemps déjà, cette analyse du genre me trottait dans la tête… Une analyse peu présente dans le secteur environnemental dont je suis issue. Certes, l’association pour laquelle je travaille tente sincèrement de faire appel à des interlocutrices au même titre et en même nombre que des interlocuteurs lors de conférences ou d’interviews dans nos publications. Mais c’est assez évident : la cause féminine ne semble pas faire partie des préoccupations premières des associations de protection et d’éducation à l’environnement. Un cloisonnement qui s’explique certainement par « chacun son combat » ou, plus précisément, « chacun ses urgences ». Puis, il y a parfois, aussi, des idées reçues : « Les féministes, toutes des extrémistes ! », «Les écologistes, avec leur cuisine saine et leur allaitement maternel, veulent renvoyer les femmes à la maison ! ».

Mais voilà qu’avec cette journée d’étude, le féminisme tend une perche au monde environnemental et que j’y mets les pieds. Ne me prenez pas au mot : ce n’est évidemment pas la première fois qu’un tel rapprochement s’opère… L’écoféminisme ne date pas d’hier et de nombreuses analyses et publications existent autour du thème femmes et écologie (1). Et depuis que la fameuse notion de « développement durable » a fait son apparition dans toutes les sphères de la société, le mouvement féministe s’en est emparé. Quant au secteur environnemental, et plus particulièrement celui de l’éducation à l’environnement, il se voit plus que jamais confronté à la question de l’émancipation des femmes au travers de ses projets de quartiers durables, de jardins partagés…

Femmes plus écolos et… plus discriminées

En matinée de cette journée d’étude « Les ELLES vertes », des exposés se sont succédés, desquels j’extrais ici grossièrement quelques notions de base. Non, fondamentalement, il n’y a pas de différence entre le cerveau d’un homme et celui d’une femme face à l’environnement ou à la nature. Mais, mais… Les femmes semblent plus « écologiques ». Elles adoptent des comportements plus sains, pour leur santé et pour leur environnement. Elles ont une empreinte écologique moindre que celle des hommes. Voilà pour la vision un peu dichotomique des choses visant à opposer hommes et femmes dans la course du parfait écolo. Ajoutons aussi que les femmes sont très souvent le moteur d’actions éducatives et participatives, elles impulsent et portent de nombreux projets environnementaux au sein de leur quartier, de l’école, d’associations locales, etc.

Maintenant, qu’en est-il de la place de la femme dans ce monde environnemental ? Si l’on passe à la loupe les « métiers verts », il semblerait que l’on retrouve les mêmes discriminations que dans les autres secteurs : les hommes ont tendance à décrocher les emplois techniques et à hautes responsabilités, là où les femmes se trouvent davantage dans la catégorie (moins bien rémunérée) des services. Quant aux femmes dans le Sud : elles sont nombreuses à travailler la terre (60 à 80% des aliments consommés au sein des familles sont produits par les femmes) et pourtant n’ont pas accès à la terre, ni aux marchés. Comme l’explique Sophie Charlier, du Monde selon les Femmes : « Les femmes vont s’occuper des chèvres, les nourrir, les soigner, récolter le lait… Mais ce sont les hommes qui commercialisent le produit. » Et empochent les bénéfices. L’urgence pour ces femmes est donc d’obtenir un accès à la terre et aux outils de production, ainsi qu’un accès aux organes de décisions. Ce qui passe aussi par l’alphabétisation, la formation et l’empowerment (pouvoir d’agir sur leurs conditions sociales, économiques, etc.).

Focus sur l’alimentation durable

L’après-midi, mon choix s’est porté sur l’atelier « L’alimentation durable, opportunité ou frein à l’émancipation des femmes ? », proposé par les associations Amazone et Rencontre des Continents. Nous voilà toutes réunies. Je dis « toutes », parce que pas un seul homme… à l’image de l’ensemble de cette journée à majorité féminine écrasante, alors que : « Ils sont toujours conviés et les bienvenus », explique l’une des organisatrices… Donc, nous voilà toutes réunies pour d’abord s’interroger sur ce qui influence nos choix alimentaires, puis pour définir ce qui pour nous pourrait être une alimentation durable. Des notions telles que « local », « de saison », « santé », « justice sociale », « respect de l’environnement », « éthique », etc. se dessinent sur le tableau blanc.

La place de la femme s’immisce ensuite progressivement dans le débat, laissant transparaître des réflexions et des expériences vécues. La question du discours dominant gonflé de stéréotypes est omniprésente quand il s’agit d’alimentation : « Les femmes à la cuisine », « Les hommes, ça mange de la viande et des pizzas ». Des interrogations se posent : « Pourquoi les meilleures recettes sont celles de nos grands-mères, alors que les chefs étoilés sont le plus souvent des hommes ? » Discriminations à l’emploi ? Formations n’invitant pas les femmes à s’y engager ? Manque d’estime des femmes qui n’osent pas se lancer ? Ou peut-être n’ambitionnent-elles pas ce genre de poste, par choix ou pour répondre à une « norme » qui voudrait que la femme soit avant tout mère ?

Expo Les ELLES vertes
Jusqu’au 31/05, exposition des photographes Françoise Robert et I.Van, illustrant l’engagement de femmes et l’action d’organisations de femmes face aux défis écologiques. Aux cimaises d’Amazone, rue du Méridien 10 à 1210 Bruxelles. Infos : 02 229 38 25.

Parmi les pistes évoquées, il y a bien entendu la lutte contre les stéréotypes. Inviter les hommes à s’aligner sur les modes alimentaires des femmes (qui seraient en meilleure santé, selon les études) plutôt que l’inverse. A la maison, initier les garçons au même titre que les filles aux plaisirs de cuisiner.

S’intègrent également au débat les enjeux culturels : « Pour les femmes issues de certaines communautés, passer à une alimentation durable, c’est impossible, ça serait mal vu, car ce n’est pas dans les habitudes culturelles ». Enfin, et non des moindres, la question financière : en situation de précarité, et donc d’urgence, s’interroger sur son modèle alimentaire n’est pas une préoccupation première. Et 70% des pauvres sont des femmes… Alors plutôt que de voir l’alimentation durable comme un coût supplémentaire, tentons de trouver des solutions pour allier nourriture saine et petits revenus : en gaspillant moins, en cuisinant soi-même (c’est souvent moins cher que d’acheter du « préparé »), etc. Et on en revient à l’accès à la formation et à l’information comme facteur d’émancipation des femmes.

Sensibilisation, (in)formation, émancipation… Des pratiques au croisement du féminisme et de l’éducation à l’environnement. Ces deux secteurs partagent des valeurs communes, cela va de soi. L’écoféminisme va jusqu’à parler d’un combat commun contre deux formes de domination de l’homme (et, en prolongement, du capitalisme) : la domination sur la femme et la domination sur la nature. Qu’on partage ou non ce point de vue, soyons en tout cas attentif à cet angle d’analyse du genre dans nos considérations environnementalistes.

Céline Teret, Réseau IDée

(1)   voir notamment la Bibliothèque Léonie La Fontaine de L’Université des Femmes – rue du Méridien,10 à 1210 Bruxelles – 02 229 38 33 – bibliotheque@universitedesfemmes.be. Demandez l’aperçu bibliographique réalisé pour « Le ELLES vertes »

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