Des cafés pour réparerGestes pratiques

17 décembre 2014

C’est à Marche, à Ixelles, à Gedinne, Soignies ou Linkebeek… Les Repair cafés ont commencé à s’installer en Belgique en 2012, principalement dans la capitale. Aujourd’hui, ils ont essaimé et on en compte une vingtaine en Wallonie et à Bruxelles, plus encore en Flandre. Comment fonctionnent ces Repair Cafés en pleine expansion, qui rassemblent les générations, séduisent les communes et mobilisent des citoyens a priori venus d’horizons très différents ?

Nés il y a cinq ans aux Pays-Bas
Certaines grandes idées ont un lieu et une date de naissance. C’est le cas des Repair Cafés, un concept inventé en 2009 par Martine Postma, une Néérlandaise, dans la commune d’Oost-Watergraafsmeer, près d’Amsterdam. Alors représentante d’un parti non élu au conseil communal de la ville, elle propose cette idée simple et efficace : organiser une sorte de grand atelier de réparation, mettant en contact des bricoleurs bénévoles et des citoyens souhaitant faire réparer leurs objets. Ce qui fut fait au Fijnhout Theater. Rapidement, d’autres villes des Pays-Bas ont suivi le mouvement. Les Repair Cafés étaient nés. Ils sont aujourd’hui présents dans une dizaine de pays au moins.

À Watermael, c’est au sein de l’ancienne gare que la commune, dans le cadre de son PCDN (Plan Communal de Développement de la Nature), a eu l’idée d’organiser son premier Repair Café, rejoignant ainsi la dizaine d’autres « cafés » actifs à Bruxelles. Un beau dimanche d’automne ensoleillé, quelques tonnelles ont été dressées pour accueillir les visiteurs. Ceux-ci se rendent d’abord à l’inscription, où ils remplissent une fiche donnant quelques précisions sur la nature de la réparation à effectuer. Un premier contact avec un bénévole permet d’établir si l’on peut tenter une réparation ou non. En attendant – car la file d’attente est longue ! -, il est possible de manger un bout de tarte ou de boire une tasse de café : les bénéfices serviront à acheter des outils pour les prochaines séances. Sourires, discussions, curiosité, parfois un brin d’impatience, il y a de tout. Écolos moustachus de longue date, badauds, voisins, passionnés de réparation, « bobos-types », consommateurs intéressés, simples citoyens en attente de solutions… Les Repair Cafés brassent l’ensemble de la population, rassemblent par-delà les clichés.

Les réparateurs bénévoles sont répartis en espaces bien délimités : couture, vélo à l’extérieur, électronique, matériel hi-fi, électroménager… On leur amène des objets, les uns après les autres, et le travail commence. Inspection de la panne, discussion, réparation sans doute : un bénévole a donné la statistique d’un objet sur deux, en moyenne, qui repart en état de fonctionner. L’idée est d’impliquer au maximum le visiteur dans le processus. S’il peut réparer lui-même, il se met au travail. Sinon, il observe et apprend au contact du réparateur. L’un d’entre eux nous confie : « La semaine dernière j’étais à un autre Repair Café. Cela me plaît, je mets mes compétences à disposition. » Et tout cela sans tarif, avec une participation libre laissée à la discrétion de chacun.

« Jeter ? Pas question »

Tel est le slogan qui accompagne la présentation de l’initiative. L’objectif est clair : proposer une réponse positive au système du tout-jetable et encourager la réparation. « Il ne s’agit pas d’un service après-vente », précise Frédéric Vignaux, porte-parole de Repair Together, la plateforme qui coordonne les Repair Cafés en Belgique francophone. « Au début, nous parlions de gratuité – ce mot est parfois mal compris, il s’agit avant tout d’échanges. En fait, c’est un système de coups de main, comme cela se faisait avant, naturellement, entre voisins. » (1)

Chaque Repair Café qui s’ouvre attire du monde… et suscite la curiosité de la presse locale et du voisinage. Organisées tous les mois, les séances de réparation se succèdent sans désemplir. Il arrive même que tous les objets apportés ne puissent être examinés dans les temps. « Il y a une réelle demande », confirme Frédéric Vignaux, on a clairement dépassé le premier cercle des convaincus de l’utilité écologique et citoyenne de l’initiative. Certaines personnes viennent également par nécessité financière, d’autres pour la rencontre. » C’est une grande originalité des Repair Cafés : un problème de société, en l’occurrence le gaspillage et l’obsolescence programmée, est abordé sans lunettes idéologiques. À l’évidence, la possibilité de réaliser une économie et l’aspect concret – « je viens, je vois, je repars mon objet réparé sous le bras » – ont une grande part dans le succès de la démarche. Chacun est directement touché par le phénomène de l’obsolescence ; chacun est donc ouvert aux pistes de solution.

La renaissance de la réparation

Mais n’y a-t-il pas un risque de concurrence pour le secteur de la réparation, déjà très fragilisé ? « Bien au contraire, peut-on lire sur le site belge francophone de la plateforme (2). Les Repair Cafés organisés dans tout le pays visent à porter à l’attention du public que les choses sont réparables. Les visiteurs sont régulièrement réorientés vers les (rares) réparateurs (encore) en exercice. Pour la plupart, ce ne sont d’ailleurs pas les clients de réparateurs professionnels. Ils disent jeter généralement les choses cassées immédiatement, car les faire réparer est trop cher. Au Repair Café, ils découvrent qu’il y a des alternatives au tout-jetable. »

Guillaume Lohest

Article paru dans la revue Valériane de Nature & Progrès, n°110, novembre/décembre 2014

(1) Véronique Laurent, « Repair Cafés, la veine réparatrice », Moustique, 25 mars 2014.
(2) Voir www.repaircafe.be

Photos : Guillaume Lohest

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