Construire son énergieGestes pratiques

26 février 2015

Le soleil belge n’a pas encore dit son dernier mot et l’ASBL bruxelloise Ateliers de la rue Voot en est bien consciente. L’animateur Jean Motllo propose d’exploiter son potentiel lors d’ateliers hebdomadaires d’autoconstruction de panneaux solaires thermiques, accessibles dès l’âge de 15 ans.

L’Atelier technique solaire fait partie du pôle développement durable de l’asbl, le CEC (Centre d’Expression et de Créativité) des Ateliers de la rue Voot. L’autre pôle étant constitué d’ateliers créatifs artistiques (céramique, création numérique, dessin, écriture, photographie, sculpture, vidéo). Depuis toujours, l’association a le souci de réduire l’impact de ses activités sur l’environnement et de promouvoir des attitudes responsables auprès des publics. Elle mène donc divers projets et animations dans ce sens: en lien avec le vélo, les techniques solaires, l’informatique et pour l’ensemble de ses activités grâce au parcours « Futur Futé » (composé de pictogrammes soulignant la présence de dispositifs éco-responsables existant au sein des activités: recyclage, économies d’énergie, etc.), l’accueil d’un Repair Café,… Une approche donc durable d’une certaine forme de créativité.

Trois fois par an, des modules de formation à l’autoconstruction de panneaux solaires thermiques sont organisés aux Ateliers de la rue Voot. Tous les samedis matins durant trois mois, ou durant un stage d’une semaine en juillet, des adultes aux profils mixtes s’attèlent collectivement à la découverte du solaire et apprennent à produire leur propre énergie. Ils confectionnent ensemble des panneaux solaires thermiques qui seront vendus (à l’un d’eux ou à d’anciens participants) ou s’ajouteront au stock de l’association, en attente d’un futur foyer.

Transmission de savoirs

Fabriquer ce type de panneau, l’animateur Jean Motllo s’y attèle depuis les années 80. A cette époque, il participe à un stage organisé par Les amis de la terre sur … l’autoconstruction de panneaux solaires thermiques. Technicien au départ, il décide alors d’en réaliser pour l’association et de mettre à son tour en place un atelier dédié aux techniques solaires. Au vu du succès de cette initiative, différentes formules sont progressivement créées parmi lesquelles des module pour « tout savoir sur le chauffe-eau solaire thermique », des trucs et astuces pour l’entretenir et le réparer, une permanence d’information et cette formation courte.

François Cornille fut l’un des participants à cette formation. Il en a eu connaissance par le biais de Bruxelles Environnement (administration bruxelloise de gestion de l’environnement) où il travaille à la gestion de projets essentiellement liés aux énergies renouvelables. Peu habitué au travail manuel, juché dans sa « tour d’ivoire conceptuelle », il a participé aux ateliers hebdomadaires de fin septembre à mi-décembre 2014, afin de se frotter aux réalités de terrain en tant que citoyen.

Lors de cette formation, les participants ont construit collectivement deux panneaux solaires thermiques et ont même eu l’opportunité d’en installer sur toit. François Cornille insiste sur l’expérience de Jean Motllo, « un mordu qui sait tout réparer à partir de rien, et sur la convivialité qui émane de ces activités car fabriquer de ses mains quelque chose avec des gens qui ne se connaissent pas, c’est unique. Cela permet de créer du lien et d’apprendre à travailler en équipe. »

Avec sa méthodologie simple et son sens de la débrouille, l’animateur des Ateliers de la rue Voot accompagne tant des ingénieurs en quête de savoirs, que de nouveaux propriétaires ou de simples curieux, sensibilisés ou non à la question du développement durable. En effet, si tous les participants ne viennent pas aux Ateliers avec le projet de repartir avec un panneau solaire sous le bras, ils partagent la curiosité d’en découvrir les différents ressorts en se réappropriant leurs dix doigts.

Entre théorie et pratique…

Après quelques séances consacrées à la dynamique du groupe, des échanges commencent à se développer. Cette phase essentielle permet à l’animateur d’adapter la formation sur base des besoins et envies de chacun : certains ayant à l’esprit un projet précis et d’autres pas.

Une fois le cadre défini, des apports plus théoriques sont alors programmés. Les participants étudient le rayonnement solaire en Belgique, calculent notamment les dimensions nécessaires d’un panneau en fonction de la quantité d’eau à chauffer, son stockage et les systèmes d’appoint destinés à compenser la température de l’eau chaude solaire lorsqu’elle est trop basse. L’animateur aborde même la question de l’énergie photovoltaïque (dont les cellules spécifiques sont fabriquées par des sociétés spécialisées) et les participants ont ainsi l’occasion de « voir la place de ces panneaux dans un ensemble et de comprendre comment ils fonctionnent », raconte François Cornille.

Ils se lancent ensuite, par petits groupes, dans la mise en pratique des notions abordées. Forts de leur bagage théorique, leur objectif est alors de construire ce panneau solaire dont ils ont tant parlé. L’animateur fait en sorte que chaque sous-groupe puisse expérimenter toutes les phases de création : « Chacun fait tout, mais pas au même moment. Certains commencent même par la fin. » De manière différée, dans une dynamique de roulement, tous participeront aux différentes étapes du projet, jusqu’à son aboutissement collectif : l’assemblage final des différents composants du panneau solaire thermique.

A côté de ces différents modules pratiques et théoriques, des séances spécifiques sont organisées. Les participants peuvent alors notamment s’essayer à la soudure, visiter différentes installations en vélo et approfondir des techniques telles que la régulation électronique.

Infos pratiques : Il faut prévoir 270 euros pour suivre cette formation et 180 euros pour participer au stage comprenant le même contenu, ainsi qu’un forfait de 200 euros pour l’installation des panneaux solaires thermiques par l’équipe de Jean Motllo (deux journées sur toit et une dans la chaufferie).

…Avec la créativité en toile de fond

La manière dont le module se structure « serait comparable à [celle] d’une recette de cuisine », lance l’animateur Jean Motllo. Une fois la technique démystifiée, la créativité est de mise. Les participants doivent se prendre en charge et choisir les systèmes les plus adaptés avec les éléments neufs mis à leur disposition par une quinzaine de fournisseurs. Pour exemples, Jean Motllo cite la création d’un capteur solaire plus long que large adapté à une maison étroite ou la réalisation de huit modules solaires interconnectables sur le toit d’une fromagerie (ferme de la Baillerie à Bousval).

Dans cette optique, ils doivent se réapproprier certains objets en les détournant de leur fonction initiale. L’exploitation du verre horticole (habituellement utilisé dans la confection des serres) pour sa meilleure capacité de rayonnement ou de caissons supportant initialement des enseignes lumineuses font partie des adaptations étonnantes que l’équipe réalise. Jean Motllo ajoute que « les gens apprécient généralement cette transformation libre des technologies. »

Un projet durable

L’animateur insiste aussi sur l’importance de la durabilité et de la finalisation de ce projet ancré dans le réel. « Je ne le lâche pas jusqu’à ce que l’eau qui coule soit chaude », dit-il. Dans cette perspective, il privilégie une approche participative où chacun est acteur tout au long de la formation. En s’adaptant au groupe dès le départ et en partageant ses connaissances, il laisse de côté ses éventuels secrets d’expert. Tout est mis en place pour que le projet se concrétise, se pérennise, et que les participants soient autonomes une fois la formation terminée.

Cette expérience se prolonge différemment pour chacun. Parfois finalité en soi, elle peut aussi être un point de départ pour d’autres projets durables. « On accepte que les participants reviennent vers nous plus tard », insiste Jean Motllo, disponible après la formation pour assurer un suivi. L’analyse de devis, des vérifications techniques, la mise en réseau des participants (invités, par exemple, sur les chantiers des uns et des autres) et une aide pour ceux qui se lanceraient par la suite dans l’installation d’un panneau solaire thermique sont autant d’appuis que l’animateur propose.

Avis donc à celle ou celui qui voudrait se lancer : Jean Motllo a quelques clés pour vous aider à faire entrer le soleil dans vos robinets !

Anne-France Hallet

En savoir plus :

Site web : http://www.voot.be/techniquessolaires (vous y trouverez également le syllabus délivré lors de cet atelier)
Téléphone : +32 2 762 48 93

2 commentaires sur “Construire son énergie”

  1. BORSU dit :

    Bonjour,

    Pourrais-je connaitre les prochaines dates de formation?

    Merci

    BBorsu

  2. Céline dit :

    Rendez-vous sur le site de La Rue Voot pour trouver les dates de formation: http://www.voot.be/techniquessolaires
    Ou par téléphone: +32 (0)2 762 48 93

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