La singularité du vivantClés pour comprendre

25 juillet 2018

« Depuis les domaines du digital et de la biologie moléculaire, on nous annonce que les différences entre le vivant et la machine, entre l’intelligence artificielle et l’intelligence animale, entre la vie artificielle et la vie tout court, seraient sur le point de s’effacer : tous les mécanismes biologiques pourraient enfin être révélés, modélisés, dépassés. » Dans cet essai, le philosophe et psychanalyste, Miguel Benasayag dénonce un monde digital qui fait fi des singularités propres au monde du vivant et de la culture. « En assimilant les processus du vivant aux processus digitaux, en assénant que tout est information, on ignore, et surtout on écrase des dimensions du vivant et de la culture qui ne sont pas réductibles en unités élémentaires d’information. »

Dès lors, l’auteur revendique cette différence entre technologie digitale et nature du vivant. Il souligne les deux voies possibles, soit la colonisation du vivant par la machine, soit la colonisation et l’utilisation de la machine par et pour le vivant. Optant pour la seconde, Miguel Benasayag y voit le moyen de protéger la vie et de défendre la singularité du vivant. Il pointe aussi la menace de « l’augmentation » : cette promesse que « l’humanité se fait une nouvelle fois à elle-même d’atteindre une puissance illimitée, au-delà des limites des corps et du vivant ». Une promesse où la question du « sens » n’est plus, où seule la quantité compte. Il assène, également : « Algorithmes et big data ne sont pas la réalité, mais une réalité ».
Contre la menace d’une assimilation entre monde digital et monde du vivant, l’auteur propose un nouvel imaginaire, ni technophile, ni technophobe, permettant d’envisager un mode d’hybridation entre la technique et la vie. Ce nouveau paradigme, baptisé « Mamotreto », souhaite aider à étudier rationnellement ce qui, dans la complexité propre au vivant et à la culture, n’est pas réductible au modèle informatique dominant. Ce schéma de pensée permet de comprendre l’unité du vivant dans une époque caractérisée par la dispersion et la perte de sens.

Un essai inspirant pour qui s’intéresse aux conséquences des nouvelles technologies et du monde digital sur le monde vivant. Au-delà du simple état de lieux, l’auteur propose un nouvelle schéma de pensée, toutefois ardu à assimiler (ce n’est pas pour rien que « Mamotreto » n’est autre que le terme espagnol pour… « mastodonte »). Lecture parfois complexe, mais qui ravira les inconditionnel·le·s de Miguel Benasayag (lire aussi sur Mondequibouge un recueil de ses idées au sujet de l’engagement). Avec, aussi, une préface et un prolongement émanant de la plume de deux autres auteurs.

C.T.

« La singularité du vivant », Miguel Benasayag, coll. Essais – Manifestes, éd. Le Pommier, 2017. 17€

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