Pour une école citoyenne : vivre l’école pleinementClés pour comprendre

23 août 2018

Pointant l’école d’aujourd’hui comme zone de « non-citoyenneté » et partant des contraintes et difficultés de terrain, cet ouvrage tente d’apporter des réponses concrètes pour tendre vers une école citoyenne. A mettre entre les mains des acteurs et actrices du monde scolaire, qui souhaitent sans plus attendre réinventer l’école.

Bruno Derbaix, l’auteur de Pour une école citoyenne : vivre l’école pleinement, est sociologue et philosophe. Il a aussi enseigné et se nourrit d’expériences menées par le Mouvement des Institutions et des Ecoles Citoyennes (MIEC).

Ses constats de départ sont multiples. Il évoque notamment, la présence massive de règles à l’école, laissant peu de place aux élèves. Extraits choisis : « Consignes de langage en classe, de circulation dans les couloirs, de matériel, d’heures, de locaux… L’école propose une densité de règles qui, toutes, ont leur histoire, leur raison d’être et souvent leurs objectifs éducatifs. » (p.10) « Chaque fois qu’elles ‘‘limitent sans permettre’’, les règles sont des aveux de faiblesses de l’institution scolaire : elles témoignent de la pauvreté de sa démarche éducative. Plutôt que de s’appuyer sur la règle pour gérer la transgression, l’école voit trop souvent cette dernière comme le prétexte d’un nouveau règlement, d’une nouvelle limitation. » (p.37)

Autre constat, les moments et projets collectifs permettant le « vivre ensemble » sont une denrée rare à l’école. La valorisation de comportements citoyens est, elle aussi, peu pratiquée dans le monde scolaire. Les élèves sont souvent sanctionné·e·s, rarement valorisé·e·s pour leurs comportements altruistes ou défendant des causes collectives, par exemple.

En substance, cet ouvrage pointe l’école comme zone de « non-citoyenneté ». La citoyenneté, celle qui implique véritablement les élèves, n’est pas présente sur les bancs de l’école. Et quand elle l’est, elle l’est maladroitement. Une sorte de citoyenneté de façade. « Les profs, les éducateurs, les programmes disent la citoyenneté, mais dans la pratique, il n’y a que peu d’espace – physique et relationnel comme intellectuel – pour la mettre en pratique. Soit il n’y a quasi rien de « citoyen », soit ce qui est mis en place n’a pas de crédibilité ni de marge de manœuvre. La conséquence de tout cela, c’est le syndrome de la ‘‘coquille vide’’. Les jeunes sentent que la citoyenneté est un mot au service d’un système dont la réelle logique, tout autre, a quelque chose de la domination. Ils ne voient pas l’intérêt de s’investir dans les quelques espaces existants et, excepté quelques ‘‘ultramotivés’’, s’en désintéressent. » (p.63)

A la croisée de la citoyenneté et du bien commun, l’auteur écrit encore : « Il est contre-productif de marteler à longueur d’année les idées morales liées à la préservation de l’environnement, aux relations Nord-Sud ou à l’acceptation des différences si, dans son mode de fonctionnement, l’école pratique la discrimination systématique des élèves et des adultes et ne met pas en pratique la recherche du bien commun par l’écoute de l’autre. » (p.30)

Un chapitre se penche plus particulièrement sur la violence au sein des établissements et sur la radicalisation des jeunes, invitant à décortiquer les mécanismes sous-jacents, à mieux comprendre, pour mieux accompagner les jeunes.

Plutôt que de « dire » la citoyenneté, cet ouvrage invite à tout mettre en œuvre pour pleinement la vivre, entre les murs de l’école et à véritablement l’intégrer dans le fonctionnement même du monde scolaire. Mais comment ? Pour tendre vers une école citoyenne, Bruno Derbaix propose de nombreuses pistes, à la fois réflexives et pratiques. Elles s’articulent autour de quatre principes : travail des règles, visée de bien commun, recherche de la justice, valorisation des comportements.

Concrètement, il peut s’agir de construire des règles ensemble, d’exploiter le réel potentiel de la délégation, de travailler la prise de parole (via, par exemple, les joutes verbales), d’apprendre l’esprit critique et d’analyse (via, par exemple, des projets de journalisme ou d’éducation aux médias), de mettre en place des conseils d’école, de recourir à la médiation pour régler les conflits, de favoriser une justice qui permette l’écoute et la réparation, de générer des projets collectifs incitant au « vivre ensemble »…

Un ouvrage qui part des contraintes et difficultés rencontrées sur le terrain pour tenter d’y apporter des réponses concrètes. A mettre entre les mains des acteurs et actrices du monde scolaire, qui souhaitent sans plus attendre réinventer l’école.

Céline Teret

En savoir plus :

  • Pour une école citoyenne : vivre l’école pleinement, B. Derbaix, éd. La Boîte de Pandore, 2018. 19,90€
  • Le site www.ecolecitoyenne.org
  • Le site du Mouvement des Institutions et des Ecoles Citoyennes (MIEC) : www.miec.be

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