OGM : info ou intox, retour aux sourcesClés pour comprendreReportages

13 décembre 2018

Depuis leur apparition sur le marché en 1994, les OGM font l’objet d’un débat très clivant. Journalistes, scientifiques et politiques se déchirent régulièrement autour de cette question sensible, affirmant souvent tout et son contraire. Dans ce magma d’informations contradictoires, difficile dès lors pour le citoyen de s’y retrouver. Frédéric Prat, journaliste français chez Inf’OGM, nous dresse un état des lieux de l’accès à l’information en Europe.

Inf’OGM
Basée à Montreuil, en région parisienne, Inf’OGM est une veille citoyenne d’information francophone sur les OGM et les semences. Née en 1999, cette association publie de l’information indépendante et critique sur les OGM, les biotechnologies et les semences. Sa mission est de favoriser et de nourrir le débat démocratique par une information critique, indépendante et accessible à tout public. Inf’OGM se donne l’objectif d’œuvrer pour une véritable transparence du débat OGM.
> www.infogm.org

Actuellement, est-il facile pour le citoyen de trouver une information indépendante et critique sur la question des OGM ?

La grande interrogation aujourd’hui, quand on aborde la question des OGM, c’est de savoir de quoi on parle. Quand les OGM transgéniques sont apparus, au milieu des années 90, on trouvait facilement l’information car tout cela était sous le coup d’une réglementation assez stricte. Or, aujourd’hui, il se trouve qu’on est sur une deuxième phase de développement que les activistes appellent « OGM cachés ». J’aime bien ce terme, car il souligne le fait qu’on est en train de produire de nouveaux OGM qui n’en portent pour l’instant pas le nom.

Quels risques représentent ces « OGM cachés » ?

Si ces OGM arrivent à se répandre dans le monde entier sans réglementations, ils seront invisibles. Et c’est cette invisibilité qui va permettre leur expansion massive. Pour nous, journalistes critiques et militants écologistes, l’enjeu est crucial. Il faut vraiment faire comprendre aux gens que ces nouveaux OGM doivent entrer sous cette dénomination afin qu’ils puissent être sous le coup de la législation OGM de l’Union européenne. Ils pourront ainsi être étiquetés, évalués, suivis. Actuellement, le citoyen n’a pas cette information. Très peu de médias ont parlé de ces fameux nouveaux OGM.

Il est souvent reproché aux experts du monde scientifique, régulièrement sollicités par les médias, d’être empêtrés dans des conflits d’intérêts. Cette crainte est-elle justifiée ?

Ce n’est pas une crainte, c’est quelque chose que l’on constate. Lorsque l’on fait appel à de l’expertise, on demande à des gens qui sont très proches de ces dossiers et donc, entre autres, à des gens qui ont aussi un intérêt. Or, ils le connaissent parce qu’ils sont baignés dedans et que, parfois, ils ont travaillé ou fait de l’expertise pour telle ou telle boîte. Je comprends donc la situation. Maintenant, dire que c’est normal ou que ce n’est pas grave, non. Je crois qu’il faut faire attention. D’ailleurs, l’agence européenne de la sécurité des aliments a été énormément critiquée pour cet ensemble de conflits d’intérêts. Ils ont été obligés de faire un petit peu le ménage chez eux.

L’Europe met-elle suffisamment d’outils à disposition du citoyen pour s’informer ?

Je ne pense pas. À ma connaissance, il n’existe aucun site de l’Union européenne centralisant les informations sur les OGM. Quand on veut aller chercher de l’information à l’UE en tant que journaliste, ce n’est pas facile parce que les dossiers sont un peu éclatés dans différents endroits. Chez Inf’OGM, on essaie de tout regrouper dans un moteur de recherche et de le faire en français. Parce qu’on a beau dire qu’il y a plein de langues officielles dans l’UE, il y a aussi plein de dossiers qui ne sont qu’en anglais. Il y a donc là un gros souci, même si je comprends que les budgets ne sont pas extensibles.

Pensez-vous que l’on informe suffisamment sur les alternatives ?

J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de choses qui se font. Il y a une sorte de lame de fond, si j’ose dire. Je crois qu’on va globalement et assez massivement vers tout ce qu’on appelle l’agroécologie, les circuits courts et la culture bio. En France, et j’imagine que c’est la même tendance en Belgique, on a une augmentation de 15 à 20 % sur le marché bio depuis 3-4 ans. Sur les alternatives, il y a donc des informations qui semblent porter leurs fruits.

Quel rôle joue Inf’OGM dans ce débat ?

Cela va bientôt faire vingt ans que l’on propose de l’information sur les OGM, les nouveaux OGM et les semences. Chez Inf’OGM, on considère que le lecteur est intelligent et qu’il sait faire la part des choses. Peut-être que ce qu’il aura lu va le titiller un peu et qu’il aura envie d’en savoir plus en allant fouiller sur internet ou ailleurs. Il nous semble aussi important de ne pas être uniquement dans la critique, nous voulons également informer sur les alternatives positives.

Propos recueillis par Maxime Bastin
Article publié dans le journal Terre162 (automne 2018), édité par le Groupe Terre asbl

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