Nature au quartierGestes pratiquesReportages

26 septembre 2019

Se plonger dans des projets nature alors qu’habituellement les réalités de terrain relèvent plutôt des enjeux sociaux et urbains ? A Bruxelles, trois associations de quartier s’y sont essayées. Des animatrices et éducatrices socio-culturelles se sont formées à quelques pratiques et outils d’éducation à l’environnement, pour ensuite se lancer dans des projets nature avec leur public, enfants, jeunes, adultes en apprentissage… Retour sur le projet « Nature dans mon quartier, tous complices ».

Au départ, une proposition du Réseau IDée, association active en éducation à l’environnement : sensibiliser, accompagner et outiller des animateur·trices et éducateur·trices socio-culturel·les pour les aider à se lancer dans des projets nature avec leur public. Trois associations de quartier ont répondu à cet appel : Le Toucan, une AMO (Aide à la jeunesse en Milieu Ouvert) située à Molenbeek ; SAFA, une école de devoirs à Anderlecht, qui organise aussi des stages et ateliers pour enfants, ainsi que des activités pour ados et adultes ; et enfin, Welcome Babbelkot, à Etterbeek, qui propose école de devoirs, stages pour les enfants, ainsi que des cours d’alphabétisation et activités de cohésion sociale pour le public adulte.

Au Toucan, ateliers créatifs et visite d’une ferme d’animation


Ce projet, intitulé « Nature dans mon quartier, tous complices », s’est étalé sur deux ans. Une première année sous le signe de la découverte et de la formation pour les animatrices et éducatrices engagées dans la démarche. Trois journées de formation leur ont permis non seulement de découvrir des outils pédagogiques, mais aussi (et surtout !) d’expérimenter et de vivre, sur le terrain, des activités de découverte de la nature, avec l’accompagnement et la complicité de Dominique, du Réseau IDée. Différentes approches ont été proposées au groupe d’animatrices, touchant aux dimensions sensorielles, scientifiques, artistiques, expérimentales… L’idée étant qu’elles remplissent leur manne à idées afin d’être suffisamment outillées pour, à leur tour, ensuite toucher leurs publics via différents canaux d’apprentissage, moyens de découverte et occasions d’émerveillement. Des visites aux abords de ces trois associations bruxelloises furent aussi l’occasion de repérer les espaces verts et les coins de nature possibles et parfois insoupçonnés (un pied d’arbre suffit !) pour mener des activités nature avec leurs publics.

De retour au quartier

Les animatrices sont reparties dans leur association la tête pleine d’idées et les bras chargés d’un petit « kit nature », contenant livres, brochures, une boîte loupe (pour observer les insectes et autres découvertes puisées dans la nature)… La seconde année de projet fut celle de la mise en application sur le terrain, par les animatrices elles-mêmes. De Molenbeek à Etterbeek, en passant par Anderlecht, de nombreuses activités nature ont émergé, parfois dans la continuité de ce qui se faisait déjà, parfois lançant une nouvelle dynamique, une thématique inexplorée au sein de l’association. Chaque association a avancé à son rythme, en fonction des réalités de terrain de chacune et de leurs publics.

Activités sensorielles, artistiques et d’observation de la nature au Welcome Babbelkot


Au Toucan, les mercredis après-midi ont été rythmés par des sorties dans le quartier et au parc pour observer la nature ou faire du land art. Des visites au musée et dans une ferme d’animation ont ensuite abouti à des ateliers artistiques et créatifs. Un constat de l’animatrice, Audey, à l’issue du projet : « Les enfants ne sont pas très « nature » au départ, quand il fait froid et gris, c’est plus difficile de les sortir. On avait un groupe à 2 vitesses, des plus petits (7-8 ans) et des plus grands (10-12 ans). A refaire, je ferais des activités en nature avec les petits, ils sont plus preneurs, spontanés, ouverts… Ils adorent mettre les mains dans la terre, observer les insectes… »

Du côté de Welcome Babbelkot, des activités nature ont eu lieu avec les enfants et les adultes. « Avec les enfants, on a observé les petits êtres vivants dans l’étang, on a fait des jeux d’observation et sensoriels au parc, explique Alma, animatrice. On avait un bac, on y a planté des fraises et tomates avec les enfants. C’était beau de voir ça. Les enfants y prêtent vraiment attention. Et lors d’une sortie à la ferme, les enfants ont été mis en contact avec les animaux et avec la nature. On a vu combien les enfants témoignent d’un véritable besoin de prendre les animaux dans leurs bras. »

A l’école de devoirs SAFA, aussi, le contact avec la nature a jalonné cette année. Noemi, animatrice, en parle : « Les enfants sont en demande de nature, on essaye de les sortir un max. On fait les devoirs et directement après on sort. On a la chance d’avoir un parc au bout de la rue. Sur base du kit offert lors de la formation, on a réalisé un kit plus large de jeux nature que les animatrices utilisent lors de leurs sorties. On a fait des activités de land art aussi. » L’un des projets les plus visibles chez SAFA s’est tenu sur le pas de la porte de l’association, au pied de l’arbre trônant devant l’association. « On a organisé trois jours de stage autour de l’arbre situé sur le trottoir de l’asbl, poursuit l’animatrice. On a coupé et agrafé les palettes, construit et peint des barrières… On a fabriqué des hôtels à insectes et maisons à oiseaux, fait des plantations au pied de l’arbre, décoré et installé des pots de fleurs sur la façade… Les enfants étaient très fiers de montrer aux parents leurs réalisations. Ils prennent soin de cet espace et vont spontanément arroser s’ils voient que c’est trop sec. » Seul bémol : un jour, l’espace a été quelque peu vandalisé, certaines plantes ont été arrachées par des inconnus. « Les enfants étaient évidemment très déçus. Du coup, on va faire une pancarte, réalisée par les enfants, pour demander que ce lieu, qui est le leur, soit respecté. » Prochaine étape chez SAFA : verduriser le balcon, végétaliser davantage encore la façade et la rue. Et peut-être aussi, investir un terrain à l’abandon à proximité pour faire un potager.

SAFA, sorties au parc et verdurisation de l’espace public


L’art de la débrouille

Ces trois associations ont toutes pour point commun de proposer des activités (quasi) gratuites. Comme l’explique Audrey, du Toucan : « Les familles n’ont pas les moyens de payer les activités. Et on souhaite que le coût ne soit pas un frein, pour être certain que les enfants sortent, aient accès à ce contact avec la nature. » Du coup, parfois, il faut faire avec les moyens du bord, avec l’avantage qu’une sortie nature au parc du bout de la rue, par exemple, ne coûte rien. « On fait aussi beaucoup de récup, de palettes, de pots, etc., souligne Noemi de SAFA. On utilise nos fonds propres pour l’achat de plantes. On a peu de moyens, on se débrouille comme on peut. » Autre difficulté rencontrée parfois, celle de devoir, en tant qu’animatrice, être le seul moteur du projet. « Ça dépend évidemment du cadre institutionnel dans lequel on est, raconte Audrey du Toucan. Chez nous, on est que trois personnes sur le terrain et je suis la seule véritablement intéressée par les activités nature. Je me sens fort seule. J’ai dû parfois tirer. » D’où l’intérêt avec « Nature dans mon quartier, tous complices » de pouvoir partager des idées avec d’autres animatrices, issues d’autres structures, qui se rencontrent autour d’envies communes.

La dynamique nature maintenant installée au cœur de ces trois associations, elle devrait se poursuivre dans le futur, en continuant à organiser des sorties nature ou en mettant en place de nouvelles activités, en toute autonomie. Noemi de SAFA conclut : « Participer à ce projet est arrivé au bon moment chez nous, ça nous a donné l’élan pour s’investir davantage, ce petit truc pour se lancer véritablement. »

Céline Teret

En savoir plus :
Plus d’infos sur le projet « Nature dans mon quartier, tous complices » (avec le descriptif des activités, des suggestions d’outils pédagogiques, etc.) via le site du Réseau IDée : www.reseau-idee.be/nature-quartier

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