La cosmétique biologiqueGestes pratiques

23 décembre 2009

cosmetiqueDans le milieu de la bio – celui de la terre, de l’humus, des semences –, s’occuper de cosmétique peut paraître assez futile. La cosmétique nous renvoie à ces images de femmes et d’hommes très apprêtés, pomponnés, presque rutilants, de certains milieux huppés où apparence et statut se rejoignent… Mais la cosmétique, c’est autre chose. Et c’est, en tout cas, une affaire bien trop sérieuse pour l’abandonner aux seuls adeptes du bling-bling et à leurs insatiables pourvoyeurs, les industriels de la beauté et du marketing.

Nos basiques achats de savons, shampooings et autres dentifrices nous transforment tous, inévitablement, en consommateurs de cosmétiques. Or, contrairement à ce que laisse entendre la législation, ces produits-là peuvent avoir un impact sur notre santé et sur l’environnement. Personne n’en est plus dupe : est-ce la raison de l’engouement récent du public pour la cosmétique biologique ?

Sauver notre peau

Nuisibles ! Mais encore présents dans les cosmétiques…
- Les Composés Organiques Volatiles (COV) ont un impact direct sur la santé. Ils sont considérés comme cancérigènes et allergisants. Parmi ceux employés en cosmétique, on trouve notamment les formaldéhydes, utilisés comme conservateurs et dont une récente étude montre que l’exposition pourrait induire des irritations des yeux, du nez et de la gorge. Parmi les COV fréquents en cosmétique, on trouve les éthers de glycol et principalement le Phenoxyethanol présent à l’état naturel dans le thé vert et la chicorée. Ce conservateur sert aussi comme solvant, notamment pour les parabens. Le Phenoxyethanol est un allergène reconnu dont l’usage est restreint en Europe. Concentration maximale autorisée (comme conservateur) : 1,0%.
- Les Parabens (ou Parabènes / Paraoxybenzoates) sont soupçonnés d’être des perturbateurs endocriniens, ce qui ne les empêche pas d’être des conservateurs couramment utilisés en cosmétique. Ils sont efficaces contre un large éventail de bactéries et de champignons. Fabriqués à partir de l’acide benzoïque, ils sont connus pour leur pouvoir allergène provoquant des réactions cutanées. L’Europe limite leur usage à 0,4% de la composition du produit (par paraben) et à 0,8% maximum en masse d’ester.
- Le Triclosan est un composé chloré, un antibactérien à large spectre. Encore un conservateur ! On le soupçonne de rendre les bactéries résistantes aux antibiotiques et d’être un perturbateur endocrinien. Photosensibilisant, son usage est déconseillé pour les produits du visage. On le trouve dans certains déodorants, parfums et dentifrices. En Europe, sa concentration maximale autorisée est de 0,3%.

Contrairement aux médicaments, qui doivent passer sous les fourches caudines de l’AMM (l’Autorisation de Mise sur le Marché) pour arriver dans les pharmacies – et c’est le moins ! –, les cosmétiques n’ont pas à respecter toutes ces formalités pour parvenir jusqu’à nos salles de bain. Censément, leurs effets s’arrêtent aux frontières de notre épiderme, d’où la légèreté avec laquelle la législation les traite. Mais cela, c’est dans le principe. A l’instar du nuage de Tchernobyl on sait ce qu’il en est de la réalité… Ainsi, même si la loi l’a décrété, notre peau n’est pas une barrière étanche. Fort heureusement, elle respire par tous ses pores, de sorte que chaque matière entrant en contact avec elle provoque un échange entraînant, à l’un ou l’autre bout du processus… une réaction !
Le fait d’avoir voulu ignorer ce dialogue d’une substance avec notre peau d’abord, avec notre organisme ensuite, est typique de la vision réductrice conventionnelle dans laquelle baigne notre industrieuse société. En poussant la caricature, notre peau se retrouve un peu traitée, par l’industrie cosmétique, comme le sol par l’agro-industrie : il était donc temps de voir débarquer l’ère biologique avec sa vision globale !
Concernant l’usage des produits chimiques de synthèse, le parallèle entre cosmétique et agriculture est frappant : dans ces deux secteurs, tout a été fait et n’importe quoi, sans aucune expertise sérieuse des conséquences pour notre santé et celle de la Terre… D’ailleurs, sur les quelque cent mille substances chimiques (1) utilisées dans l’industrie, une infime partie – 3% à peine ! – a fait l’objet d’une évaluation digne de ce nom. Si le règlement REACH (2), en application depuis mai 2007, tente péniblement d’endiguer le déferlement de toutes ces molécules nocives et d’encadrer leur remplacement progressif, n’importe quel toxico chimiste vous dira qu’une des plus graves conséquences de cette invasion réside dans l’« effet cocktail » – inconnu et non maîtrisable ! – de ces substances entre elles. Vaste et impossible chantier…

Cosmetox sur marché chatouilleux

En attendant, côté cosmétiques, c’est surréaliste : « une goutte de diethylhexylphtalate, une once de nonylphénol, un peu d’hydrocarbure aromatique polycyclique et un soupçon de musc synthétique… », cet inquiétant recueil de produits figure en introduction du guide Cosmetox de Greenpeace (3) par qui le scandale de la cosmétique empoisonnée éclata, début 2005, avec le lancement de l’enquête « Parfum de scandale » qui révéla la nocivité de certaines eaux de toilette parmi les plus réputées (4). Aujourd’hui encore, Cosmetox reste une lecture très instructive pour bien cerner ce que l’on peut ou non mettre sur notre peau… Ce guide pointe utilement les grands du secteur qui ne veulent pas modifier leurs toxiques pratiques. Il invite aussi les consommateurs à écrire aux firmes pour signaler leur mécontentement concernant la présence de produits nuisibles dans leurs lotions, crèmes et laits de toilette préférés. L’initiative pousse, semble-t-il, les industriels à être plus attentifs, sûrement pas par altruisme, mais plutôt parce que le marché de la cosmétique, même en temps de crise, est florissant. Et donc sensible, pour ne pas dire… chatouilleux !
Petite devinette : 110,3 milliards d’euros, que représente ce chiffre ? Soit à peu près le PNB (Produit National Brut) du Soudan et de ses 40 millions d’habitants… C’est le poids du marché mondial de la cosmétique (5), dont 60 milliards environ pour la seule Europe. Cela laisse rêveur, surtout que ce chiffre est une estimation qui ne comptabilise même pas… le savon ! Or le numéro un mondial de la cosmétique est français, il s’agit de L’Oréal dont le chiffre d’affaires annuel se monte à quelque 17 milliards d’euros (6). Si la face biologique du secteur ne concerne que 2% de ce marché, les appétits se précisent quand on apprend que cette niche croît en Europe d’environ 30 à 40 % (7) par an depuis ces dernières années… La cosmétique naturelle et biologique a le vent en poupe. Et c’est une bonne raison pour garder un œil vigilant sur les bonnes pratiques de ceux qui s’en revendiquent.

Nelly Pégeault
Article publié dans la revue Valériane (n°80, nov-déc 2009) de Nature & Progrès

(1) 100.196 substances existantes selon l’EINECS, l’European Inventory of Existing Chemical Substances. Source Afsset, juillet 2006.
(2) REACH : Registration, evaluation and authorisation of chemicals. En français : Enregistrement, évaluation et autorisation des produits chimiques.
(3) Guide Cosmetox, Greenpeace 2007, téléchargeable sur le site www.greenpeace.org
(4) Le 10 février 2005, Greenpeace rendit publique l’étude « Parfum de scandale » sur la composition chimique de trente-six eaux de toilette et eaux de parfum de marques. Tous contenaient des phtalates et des muscs de synthèse. Auparavant, en 2001, Rita Stiens avait « préparé le terrain », en publiant « La vérité sur les cosmétiques », chez J.M. Laffont.
(5) Hors savons, dentifrices et rasoirs, 2008. Source : Estimations L’Oréal en prix fabricant.
(6) Source : L’Oréal. Document « Présentation du Groupe »/ faits et chiffres.
(7) Etude Eurostaf, juillet 2008.

En savoir plus :

  • La revue durable n°32, de décembre 2008 – janvier – février 2009 (www.larevuedurable.com). Son dossier « Biens de consommation et chimie : privilégier les filières saines » est d’une rare facture. Un gros travail d’enquête et de référencement, avec notamment un tableau des substances chimiques à éviter.
  • Le site interactif « le flacon » (http://leflacon.free.fr). Un peu difficile d’utilisation pour les non initiés (au début !), ce site est une mine d’informations sur tous les composants des cosmétiques. La fonction « recherche d’ingrédients » vous permettra d’évaluer le degré de toxicité de la formulation de votre déodorant ou shampoing préféré. Et si, d’ici là, vous n’avez pas déjà adopté la cosmétique biologique, c’est sûr, vous y viendrez !

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