La magie du collectifFocusReportages

22 juillet 2009

jardin-coll-ixellesAnimateur-éducateur pour l’asbl Le Début des Haricots, Satya Verwimp coordonne le Jardin collectif de la rue Gray, située presque à la jonction des communes bruxelloises d’Ixelles et d’Etterbeek. Un jardin aux valeurs engagées, qui à terme devrait être entièrement porté par les habitants-jardiniers du quartier.

Disséminés dans des bacs en bois, légumes et herbes aromatiques sortent de terre. Plus loin, les arbres fruitiers semblent narguer les plantes indigènes se dressant timidement sur une petite butte. La toilette sèche faite maison trône dans un coin. Les bacs du compostage collectif digèrent les déchets organiques des habitants du quartier. Sous le préau en bois au toit végétalisé, Satya Verwimp discute avec quelques usagers du jardin. Cet animateur-éducateur coordonne le Jardin collectif de la rue Gray, projet initié par l’asbl Le Début des Haricots. « Au lancement du projet, il y a 2 ans, le jardin était géré aux trois quarts par l’association.
Aujourd’hui, il est géré aux trois quarts par les habitants du quartier. Une réelle dynamique citoyenne a pris forme. Le but à terme est de constituer un groupe autonome et responsable du jardin. Mais ça prend du temps. Réussir à comprendre quelle route il faut prendre pour que les individus prennent des responsabilités ou s’engagent dans le processus, ce n’est pas forcément évident. »

Mixité sociale et motivations bigarrées

jardin-coll-ixellesok4Parmi les 120 personnes inscrites à la mailing liste du jardin, 80 mettent effectivement les mains à la terre, dont une vingtaine régulièrement. Tous proviennent d’horizons sociaux différents. Les motivations varient aussi : certains viennent pour un besoin social, pour rencontrer des gens, d’autres pour un intérêt écologique, pour l’apprentissage. Ici, pas de parcelles individuelles. La démarche est collective : les habitants-jardiniers cultivent et récoltent ensemble sur l’ensemble du terrain. En dehors des permanences, chacun est libre d’accéder au jardin : le code du cadenas est communiqué à tous les habitants-jardiniers.

« Mon rôle est essentiellement d’organiser la vie du jardin, poursuit Satya. En matière d’éducation, je tente surtout de transmettre la connaissance et de décomplexifier l’information. Il y a aussi un apprentissage qui se fait de manière collective, en observant ce que l’autre fait, en partageant ses connaissances. J’accueille également des écoles ou des organismes d’aide à la jeunesse. J’ai été impressionné, par exemple, de voir des jeunes en décrochage qui manifestaient une grande joie, parfois inavouée, à participer à la construction de la toilette sèche. Ils se sont sentis responsables de l’état d’avancement du projet, ça faisait plaisir à voir. »

Lier l’écologie et le social

Educateur de formation, Satya a eu l’occasion de travailler dans des milieux divers, avec des prisonniers, des sans-papiers et des handicapés mentaux. Toujours en lien avec la nature. Sa réflexion et son action dépassent de loin celles de l’éducateur ou de l’animateur. Quelques échanges suffisent pour se rendre compte que c’est un engagement bien ancré dans son quotidien qui le fait vibrer. « J’ai toujours cherché à lier l’écologie et le social, en tentant de trouver le moyen de répondre tant à la souffrance de la planète et qu’à la souffrance de l’humain. Selon moi, ça passe par une redécouverte de la nature et donc aussi une redécouverte de soi, la nature faisant partie de nous. Il s’agit, par la nature, de redonner de la vie à ces populations qui sont en souffrance à cause d’un système lié à l’argent, à la consommation, au profit. »

jardin-coll-ixellesok2Concernant l’approche pédagogique adoptée en tant qu’animateur-éducateur au Jardin collectif, Satya avoue ne pas avoir de réelle méthodologie, si ce n’est passer par les valeurs portées. « De manière générale, aux habitants intéressés par le projet ou aux groupes de jeunes qui passent ici, j’explique pourquoi ça a du sens pour moi, pour notre association et pour les utilisateurs du jardin. Au jardin, on travaille avec la vie. Ca a un sens fort, ça véhicule des valeurs fortes. La non utilisation de pesticides et produits chimiques, la récupération des matériaux, la revalorisation de l’eau de pluie ou le compostage collectif, ce sont autant de choix qui ont été faits dans ce jardin et qui ont des valeurs sous-jacentes essentielles, même politiquement. On suscite l’intérêt, la curiosité, le questionnement, l’étonnement dans les choix qu’on pose. On essaie constamment d’établir des liens entre l’alimentation et l’écologie, les modes de consommation, la société au sens large. »

« La magie du collectif m’émerveille, confie Satya tout sourire. Ça me touche de constater les changements effectués dans le jardin en quelques mois de temps, de me rendre compte du nombre d’heures que les personnes ont passé dessus, de voir les rencontres et spontanéités qui se sont créées. » Une participation foisonnante des habitants qui permettra peut-être au Jardin collectif de la rue Gray de prendre son envol vers plus d’autonomie et à l’équipe du Début des Haricots d’ouvrir les portes de nouveaux jardins, ailleurs, mais toujours collectifs.

Céline Teret
Reportage réalisé dans le cadre du dossier « Porteurs d’ErE : ces métiers qui portent l’éducation à l’environnement » de Symbioses (n°83 – été 2009), magazine du Réseau IDée

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Un commentaire sur “La magie du collectif”

  1. [...] est pas forcément très répandue… A ce sujet, lire aussi sur Mondequibouge.be : « La magie du collectif [...]

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