Vertus thérapeutiques du miel: un pont entre médecine et environnementClés pour comprendre

16 juillet 2013
A l’heure où la mortalité des colonies d’abeilles a atteint 30%, les vertus thérapeutiques du miel fournissent un terrain de rencontre entre les acteurs de l’environnement et de la santé. Traitement d’ulcères, de brûlures et de plaies : le miel gagne ses galons dans un service de chirurgie en France. Une utilisation qui ne dispense personne d’une consultation médicale… D’autant plus que ce miel n’est pas vendu en grande surface!

De l’Égypte antique au Moyen-âge, en passant par Hippocrate, les Grecs et les Romains : les hommes ont de tous temps eu recours au miel. A ces différentes époques, ils prescrivaient déjà ce remède pour combattre la fièvre, les blessures, les ulcères et les plaies purulentes, et enduisaient leur corps de miel pour adoucir, régénérer et nourrir leur peau. Aujourd’hui, des chercheurs français s’intéressent de nouveau à ce remède. Deux d’entre eux se sont penchés sur ses vertus thérapeutiques, en se référant à un traitement expérimenté auprès de cinq cents patients, dans la section de chirurgie générale du Centre hospitalier de Limoges.

Antiseptique et cicatrisant

Compte-tenu de l’impuissance des antibiotiques sur certaines bactéries, les propriétés antibactériennes du miel font l’objet d’un regain d’intérêt de la part de scientifiques qui ont identifié plusieurs mécanismes à l’œuvre. D’une part, la forte teneur en sucre du miel provoque une déshydratation des germes présents dans le miel, rendant impossible la croissance des bactéries ou des levures, dans une plaie. D’autre part, le pH du miel est relativement acide, ce qui ne favorise pas la croissance de bactéries pathogènes.

S’appuyant sur ces constats, Bernard Descottes, chef du service de chirurgie générale de Limoges a proposé aux infirmières de son service d’utiliser le miel auprès de leurs patients. Au cours de son étude, il a démontré que ce produit naturel était deux fois plus cicatrisant que les pansements habituellement utilisés et que dans 90 % des cas, son utilisation permettant aux plaies de se refermer « de façon spectaculaire ». Plus précisément, le miel facilite la cicatrisation grâce à une enzyme, la gluco-oxydase. Sécrétée par l’abeille lors de la transformation du nectar en miel, elle provoque une réaction résultant de l’oxydation de l’eau et du glucose, qui stimule la formation de tissus nécessaires à la cicatrisation.

Ajuster les pratiques via un cahier de charges

Si le miel peut être utilisé à des fins thérapeutiques, le centre hospitalier de Limoges n’a pas utilisé n’importe quel miel vendu en magasin. D’après Alessandra Rossant, docteur en pharmacie, il doit contenir le moins de bactéries possibles et faire l’objet d’une utilisation et d’une manipulation consciencieuse, allant de paire avec des règles d’hygiène strictes. Autre exigence: le miel doit être produit et récolté dans des conditions bien définies. En effet, certains pesticides peuvent contaminer le précieux nectar et laisser des traces dans celui-ci, qui iraient à l’encontre des effets désirés lors de son utilisation thérapeutique. Exemples : le miel ne doit présenter aucune trace de tétracycline, un antibiotique utilisé dans les ruches pour lutter contre la loque américaine, une maladie bactérienne qui affecte les larves des colonies d’abeilles.

Dans ce sens, les chercheurs recommandent l’élaboration d’un cahier de charges pour les apiculteurs souhaitant approvisionner les hôpitaux. En effet, le miel pourrait ne présenter aucune trace de traitements à condition qu’ils soient « bien » administrés (ex: le coumaphos, un pesticide utilisé dans la lutte contre le varroa, un acarien d’origine asiatique), mais aussi à condition d’adapter les techniques et la dimension des pots (afin de diminuer le risque de contamination et d’individualiser le traitement).

Terrain de rencontre

Interdiction de désinfection aux antibiotiques, absence de pollution et de culture intensive dans un rayon de plusieurs kilomètres autour des ruchers, recherche d’acquis durables (en matière de qualité du miel, etc.), éducation à d’autres techniques, traçabilité, etc: l’analyse des deux chercheurs français rejoint les préoccupations des associations et autres acteurs (de l’éducation à) l’environnement.

Aussi, au-delà d’une application médicale, cette réflexion autour du miel met en lumière une passerelle entre le secteur de la médecine et de l’environnement. En effet, ici et là, la démarche offre des pistes d’actions et de recherches de solutions en matière de participation et d’ajustement des pratiques. Et c’est autour d’un objectif commun (l’amélioration de la qualité de l’environnement pour garantir la survie des colonies d’abeilles) que les efforts peuvent se rejoindre.

Delphine Denoiseux

Sources : Travaux de Mickaël Blanc (2010) et d’Alessandra Rossant (2011), docteurs en pharmacie et l’INRA (www.inra.fr)

Quelques initiatives pour partir à la découverte des abeilles et du miel

- L’Aquascope de Virelles vous fixe rendez-vous dimanche 18 août pour la « Fête du miel et de la nature »

Montez et démontez une ruche, découvrez l’abeille au microscope ou encore recherchez la reine parmi les ouvrières, après avoir enfilé une vareuse d’apiculteur. Moins téméraire? Immergez-vous dans un nuage d’abeilles en toute sécurité en pénétrant dans le poste d’observation. De toute manière, à Virelles, les abeilles sont accueillantes et vous pourrez les approcher sans crainte. La Fête du miel et de la nature est aussi l’occasion rêvée de savourer les miels régionaux, au cours de dégustations gratuites. Infos : www.natagora.be/abeilles et www.aquascope.be

- L’association Apis Bruoc Sella et ses différentes activités

- Des outils pédagogiques pour faire découvrir le monde des abeilles aux enfants et ados:

- La Semaine européenne de l’abeille 2013 – « Préserver les abeilles » qui a eu lieu en mai dernier à Gembloux

- L’article « Des abeilles et des Hommes »… et des questions! sur Mondequibouge.be

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