Sur les côteaux où la cité s’invente…Reportages

2 septembre 2014

Un éco-centre au coeur de Liège ! Vous n’en soupçonniez peut-être même pas la possibilité ? Et pourtant, depuis huit ans déjà, une poignée d’opiniâtres militants environnementaux s’emploie à mettre à la disposition du public liégeois un lieu unique de réflexion et d’apprentissage. Pas à pas, s’élabore dans un coin tranquille chargé d’histoire et de promesses le laboratoire de ce à quoi notre futur en ville pourrait bien ressembler. Petite visite – avant l’ouverture au public promise pour l’an prochain – d’un chantier riche d’espoirs…

Chaque ville a ses détours et ses petits secrets. Ainsi, pour arriver à La cité s’invente, il faut d’abord vous engager, au fond de l’Esplanade Saint-Léonard, dans la rue Vivegnis qui n’est déjà pas bien large… Rapidement, vous devrez trouver, sur votre gauche, un espace permettant de passer entre deux maison. Vous arriverez face au chemin de fer qui, sur votre droite, s’en va vers Herstal et, à quelques dizaines de mètres à peine, vous repérerez une passerelle qui l’enjambe. De l’autre côté, une ruelle que les guides touristiques qualifient volontiers de bucolique, relie une vingtaine de maisons juchées à flanc de côteau, pas assez large pour laisser passer une voiture. Elle mène au pré du Bâneux, vestige de l’ancien charbonnage du même nom, partiellement creusé dans la colline, et fermé depuis la Guerre… C’est là que le futur écocentre a élu domicile !

« Le projet est né de l’envie commune de quelques personnes qui travaillaient dans l’éducation à l’environnement et dans le milieu culturel, raconte François Poncelet, un de ses promoteurs. Nous voulions aborder l’environnement hors de ses clichés, en parler de manière concrète et avoir un lieu où il soit possible d’agir et de chercher des solutions par le biais de la pratique. Nous voulions faire en sorte que la réflexion environnementale se porte sur des actes et sur des rencontres qui en mettent d’emblée en évidence la finalité des choses. Décloisonner, tout aborder simultanément et d’une manière créative, voilà ce que nous ambitionnions, suite à la découverte par chacun des membres fondateurs de La cité s’invente d’endroits, d’associations, de lieux qui posaient déjà les questions environnementales comme autant de moyens dynamiques et constructifs de diminuer son propre impact sur le milieu et de créer des solutions qui fassent du bien à ceux qui les portent. »
Bref ! Assez de lamentations ! Améliorer son environnement, c’est avant tout vivre mieux, tout de suite. Voilà la bonne nouvelle qu’apporte La cité s’invente !

Un véritable défi commun

« Nous avons alors trouvé ce nom, un peu pompeux, d’éco-centre, poursuit François. Dans notre cas, ce serait plutôt un lieu de démonstration et de réflexion sur les techniques respectueuses de l’environnement. Il nous semblait important que cela se passe dans un contexte urbain pour des raisons d’accès à des publics qui ne seraient pas spécialement intéressés par ces thématiques. Nous voulions vraiment nous confronter à la réalité du désintérêt pour ces questions et être obligés de trouver des manières nouvelles et originales d’en discuter, être forcés de nous repositionner nous-mêmes en permanence, nous repenser à travers la question toujours nouvelle du partage des enjeux du développement durable avec un public qui ne lui est pas naturellement acquis… Mais comment rendre cette démarche vraiment collective et en faire un authentique défi commun pour nous tous ? Voilà la question qui nous semble essentielle. D’où la nécessité de rassembler, en un même endroit, un maximum de questions, mais aussi de solutions et d’opportunités d’apprentissages, de découvertes et de rencontres. Une telle formule permet, à nos yeux, de tester ensemble les solutions expérimentées, leurs avantages et leurs désavantages, car la réflexion s’alimente d’abord de l’action et du vécu. Les aménagements progressifs du lieu servent ainsi à nourrir le projet dans ses propres capacités d’accueil ; le processus de création du projet est, en soi, le projet lui-même… Et c’est évidemment la phase de reconstruction du bâtiment qui a permis, en premier lieu, la rencontre de compétences et de réflexions… »

L’association fut donc créée en 2006. Un bail emphytéotique de trente ans fut conclu avec la Ville de Liège pour la location d’une ruine dont le plancher était rongé par la fiente des poules du voisinage… Puis la rénovation démarra, à partir de 2009, en ne conservant que la façade du bâtiment et deux murs latéraux. La toiture pré-fabriquée en ballots de paille – un prototype de la société Paille-Tech, voir Valériane n°88 – fut alors posée…

Avant

Après

« Voilà déjà quatre ans que nous travaillons sur le bâtiment, sur le projet de potager et un petit peu sur la thématique de la biodiversité avec les aménagements extérieurs, poursuit François Poncelet. Nous imaginons un développement qui se poursuivrait sur une quinzaine d’années pour que le terrain puisse être utilisé au mieux de son potentiel pédagogique et d’animation. Nous aimerions que tout ce qui est réalisé ici puisse servir au plus de gens possible. Durant tout ce temps, il y aura sans doute des thèmes dont on ne va plus parler et d’autres, au contraire, qui vont surgir alors qu’on ne les attend pas. Nous voulons être acteurs, autant que possible, mais aussi spectateurs de la société dans laquelle nous vivons pour bien appréhender les besoins nouveaux de nos concitoyens. Nous aimerions poser collectivement de belles questions de société et avoir la franchise et l’honnêteté de rechercher collectivement les réponses adéquates… en acceptant éventuellement le constat qu’on n’en trouve pas. Ce n’est fort heureusement pas le cas actuellement grâce au travail d’autres associations, avant nous, qui nourrit nos envies et nos idées. Elles nous montrent, au contraire, que les possibles sont innombrables. Peut-être que nous-mêmes, un jour ou l’autre, nous serons, à notre tour, une source d’inspiration pour de nouveaux projets qui verront le jour ? »

2015… et ensuite ?

2015 sera donc l’année de l’ouverture officielle du projet. La cité s’invente pourra alors accueillir le public et proposer ateliers, visites, balades dans les côteaux, conférences et projections sur mille et un sujets. « Bien sûr, se prolongera en parallèle tout le travail relatif à la création d’espaces et à l’aménagement du site. Nous continuerons de prendre le temps pour associer un maximum de personnes possible, d’être le plus complet possible au niveau des techniques et de leur mise en œuvre, promet François Poncelet. Aucun de nous n’est architecte ni spécialiste de quoi que ce soit ! Nous devons donc nous entourer de personnes ressources. Le chantier de construction aura duré cinq ans mais aura déjà amené plusieurs centaines de personnes sur le lieu. Tout repose donc sur les partenaires qui nous accompagnent dans les différentes étapes ; tant sur le bâtiment que pour le potager, nous nous efforçons d’abord de découvrir ce qui existe, de réunir des collaborations autour de questions précises. Nous constituons donc des groupes par micro-projets, par étapes de réalisation, puis nous laissons libre cours à la conception, à la réalisation et à l’adaptation de solutions. Nous nous offrons surtout le luxe de longs délais pour bien évaluer les solutions mises en place et éventuellement les améliorer. Tout un chacun est donc invité à venir nourrir un projet de ses compétences et de ses envies. Cela crée des dynamiques propices tant à la formation qu’à la rencontre. »

Au quotidien, le travail est développé autour de quatre thématiques principales qui sont interconnectées autant que faire se peut : l’habitat, l’alimentation, la biodiversité et l’énergie. « Comprendre les liens étroits qui les unissent est sans doute ce qui nous stimule et nous amuse le plus, dit François Poncelet. Concernant le bâtiment, par exemple, toute formation se base sur une réflexion très large en terme d’éco-construction et d’éco-consommation ; nos projets sont autant d’excuses à mieux comprendre les enjeux, les atouts, les freins… Et la trace de tout cela est visible dès qu’on nous rend visite : c’est le bâtiment lui-même et l’ensemble des aménagements extérieurs… Tout cela est transcrit, le plus possible, en brochures pédagogiques ou en contenus vidéo que nous mettons à disposition mais l’essentiel de notre énergie reste bien sûr canalisé dans le projet et dans le lieu lui-même… Nous aimerions ne pas nous limiter dans les publics : à terme, pourquoi ne pas travailler avec des écoles, des habitants du quartier, des associations, des entreprises ? Nous pourrons témoigner de notre expérience, avec les bonnes et les mauvaises choses qui nous auront nourris, et peut-être accompagner certains groupes vers la mise en place de solutions dans les réalités qui sont les leurs… »

Appel aux citadins… et aux autres !

Tous ceux qui ont envie de proposer ou d’apprendre, ou qui sont simplement curieux du projet, peuvent évidemment déjà entrer en contact avec La cité s’invente.

« Nous nous efforçons d’accueillir toutes les envies dans la mesure où elles cadrent avec nos missions de sensibilisation et nos intentions pédagogiques, dit François Poncelet. Notre potager, par exemple, est le reflet de notre volonté de laisser coexister une diversité d’approches. Nous le laissons évoluer, d’année en année, et avons toujours voulu l’ouvrir le plus possible pour que tout un chacun puisse se l’approprier. Mais il y a évidemment des limites à cette intention parce que chacun ne souhaite pas nécessairement s’insérer dans un projet collectif. Mais nous aimerions que la production du potager soit utilisée de manière collective : écoles, associations et citoyens qui viennent y travailler doivent pouvoir jouir, ensemble, de ce qui y est cultivé… Quoi qu’il en soit, nous voulons toujours privilégier le dialogue et l’ouverture et revenir à la mission première de notre projet ; il doit vivre bien au-delà des individus qui le composent, la somme d’envies qui le constitue doit évoluer vers un idéal. C’est, d’une certaine manière, un rêve que nous poursuivons tous et nous devons donc toujours nous retrouver, ensemble, sur son caractère commun. Nous nous efforçons néanmoins de toujours valoriser l’action : nous préférons qu’une personne nous expose son envie, ou vienne à nous avec celle de participer à quelque chose de concret, plutôt que de venir s’asseoir à une assemblée où l’on se borne à parler, ce qui n’est jamais la meilleure porte d’entrée dans une association. Nous nous nourrissons donc de la pratique ; nous cherchons à canaliser l’énergie des gens vers quelque chose qui contribue à contruire La cité s’invente et à faire en sorte qu’elle soit le berceau des travaux collaboratifs et collectifs les plus riches possible. Que l’ensemble soit une grande boule à facettes qui représente tous ceux qui nous entourent. Dehors, il y a un tronc où chaque bénévole qui vient travailler va mettre son clou. Nous aimerions qu’on y plante le plus de clous possible… »

Dominique Parizel
Article paru dans la revue Valériane de Nature & Progrès, n°108, juillet/août 2014

Photos : Dominique Parizel et Céline Teret

En savoir plus :

La Cité s’invente asbl – rue du Bâneux, 75 à 4000 Liège – Tél. 04 274.13.75
Site web: www.lacitesinvente.be

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