Bio : Info ou Intox?Clés pour comprendre

22 février 2010

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Trop cher le Bio! Impossible de cultiver sans un minimum de pesticides! Le Bio est moins rentable! Les contrôles ne sont pas efficaces! Autant d’idées préconçues sur l’agro-biologie qui méritent quelques mises au point.

À ceux qui se demandent si l’on peut nourrir toute la planète sur le modèle Bio, le premier constat à poser est que l’agriculture « conventionnelle » n’y arrive pas. Et ce, bien que nous disposons de terres agricoles en suffisance pour nourrir l’humanité. Nourrir l’humanité oui, mais pour manger comment? Le modèle Bio n’est pas compatible avec notre modèle alimentaire, basé sur une sur-consommation de viande et impliquant une exploitation à outrance des terres agricoles, devenues infertiles sans recours massif aux produits chimiques. Une sur-exploitation destinée notamment aux cultures de céréales, de soja, de blé pour alimenter le bétail européen et américain.

Pour se nourrir, un Américain – gros consommateur de viande – a besoin d’environ un hectare par an, alors qu’un Thaïlandais se « contente » de sept ares. Répondre aux besoins alimentaires de bientôt 9 milliards de personnes devra nécessiter un autre type de consommation, plus local et moins axé sur la croissance et le rendement, préservant l’environnement (l’eau, la vie animale et végétale), réduisant l’utilisation des réserves fossiles, l’impact sur le climat et surtout, maintenant voire augmentant la fertilité des sols.

C’est ce que propose l’agriculture biologique, qui part du principe que le vivant a ses propres règles et que les pratiques agricoles ne peuvent les contredire. Outre les grands objectifs cités ci-dessus, entre également en compte des produits davantage nutritifs , exempts de produits chimiques, ce qui rend les agriculteurs « conventionnels » particulièrement perplexes.

Cultiver sans un minimum de pesticide, est-ce possible?

Pour éviter que les récoltes ne soient dévastées par les prédateurs, les techniques écologiques de lutte contre les insectes sont éminemment variables d’un endroit du monde à l’autre. C’est justement là que les travaux en « agro-écologie » apportent des améliorations substantielles.

Des associations complexes plantes – animaux sont utilisées comme au Kenya par exemple, où le maïs est attaqué par une Pyrale asiatique (un papillon), qui peut dévaster une récolte entière. Une méthode écologique de lutte a été mise au point. Elle consiste à cultiver en même temps que le maïs, une légumineuse qui repousse la pyrale. Parallèlement, une graminée fourragère – l’herbe à éléphant – est également plantée tout autour du champ, qui va elle, se substituer aux carottes de mais et attirer la pyrale. Voilà comment ce travail scientifique, aidé par les paysans locaux, a permis d’avoir des récoltes de maïs abondantes et régulières, sans achat d’insecticide, d’herbicide ou d’engrais.

Un autre principe de base est qu’une plante en bonne santé se défend mieux elle-même. Au de-là donc de la lutte contre les prédateurs, l’agro-écologie s’applique aussi à rendre la plante plus résistante aux attaques microbienne, bactérienne, fongique, etc.

Le Bio, moins rentable?

Les détracteurs du Bio parlent d’une perte de rentabilité pour l’agro-biologie pouvant aller jusqu’à 40% , liée principalement à la destruction des récoltes. Selon plusieurs études, dans les pays tempérés froids comme la Belgique, l’agriculture biologique fait en réalité chuter la production de l’ordre de 10 à 20%. Ce rendement moins élevé concerne surtout les premières années, consacrées à la récupération du sol et de sa biodiversité, après des années d’assauts chimiques.

Au Sud, dans les zones tropicales, et là les études se recoupent aussi, l’agro-biologie augmente les rentabilités de 10 à 20%. L’explication est très simple. Pour éviter l’utilisation de tout produit chimique, la méthode « Bio » se base sur la fertilisation organique du sol. Techniquement, on donne au sol des éléments végétaux et animaux (compost, fumier, engrais vert, etc.) qui se décomposent et créent de l’humus, alors accessible à la plante. Cette transformation de la matière organique en un aliment pour la plante est lente en climat froid. Mais avec la chaleur au Sud, cette minéralisation est beaucoup plus rapide. Les éléments nutritifs sont alors beaucoup plus vite « bio-disponibles » pour la plante, ce qui augmente la rentabilité et la qualité des aliments produits dans le Sud, tout en permettant des récoltes accrues et abondantes.

Le Bio, relocaliser ou importer?

Au niveau mondial, 50 millions de paysans disparaissent chaque année. En Belgique, 800 à 1000 emplois sont ainsi perdus annuellement depuis 30 ans! Cette disparition de la paysannerie a des effets néfastes sur le tissu social rural. Délaissées, les campagnes deviennent des zones de villégiatures, la population se concentre en périphérie des villes, les bidonvilles se multiplient, etc.

C’est dans ce cadre qu’émerge un des grands projets de l’agro-biologie: la relocalisation de l’agriculture, pour redonner le droit à chaque peuple de se nourrir avant tout pour lui-même, tout en assurant de meilleures conditions de travail et de défense des producteurs. Le bilan est cependant en demi-teinte…

Selon l’endroit, l’agro-biologie a permis d’améliorer les approvisionnements alimentaires des zones urbaines, grâce aux jardins maraîchers biologiques aménagés en milieu urbain, et aux chaînes d’approvisionnements intermédiaires entre producteurs et consommateurs. En Argentine par exemple, le programme « Pro Huerta » vient en aide à 3,5 millions de personnes. Les populations pauvres, et en particulier, celles qui vivent en milieu urbain sont désormais autosuffisantes à 70% de légumes frais. Ce projet a pu être réalisé car avant tout, il y a une volonté politique derrière, ce qui n’est pas toujours le cas.

Soulignons aussi en Belgique, des initiatives comme les Groupes d’Achat Solidaires de l’Agriculture Paysanne (GASAP) au sein desquels des citoyens s’organisent pour avoir des contacts directs avec le producteur.

Mais il faut aussi mettre en lumière les inextricables forces du marché, notamment lorsqu’il s’agit de concilier les besoins alimentaires locaux et le système alimentaire mondialisé. L’agriculture biologique fait une entrée en force sur les marchés nationaux de plusieurs pays en développement, suite aux demandes du consommateur des pays développés. Le Bio produit dans le Sud pour nourrir le Nord (haricots verts du Kenya, pommes d’Argentine, oignons d’Egypte…) participe donc aussi à la malnutrition du Sud, qui continue à exporter ses denrées alimentaires.

Outre l’aspect social, le projet écologique a également – en partie – échoué. Prenons l’exemple du consommateur belge qui se dit: « je ne veux pas qu’il y ait de pesticides dans ma nourriture, je vais donc acheter du Bio ». Il le fait sans se préoccuper de la provenance de ces produits d’Egypte ou du Chili… des produits qui ont parfois parcouru des milliers de kilomètres avant d’arriver dans son assiette. 80% de la nourriture « Bio » que l’on peut se procurer en Belgique est importée.

C’est ce que Daniel Cauchy – consultant et formateur en éducation au développement et à la sensibilisation à la souveraineté alimentaire – appelle la « dérive industrielle du Bio ». « La lutte contre le courant ultra-libéraliste et la circulation des aliments a été abandonnée, faisant des aliments certifiés « Bio » des marchandises comme les autres » explique-t-il.

Les contrôles sont-ils efficaces?

Le contrôle du Bio est fait de deux manières. Premièrement sur les modalités de production. Il existe un suivi effectué par l’organisme certificateur. En ce qui concerne la méthode culturale, l’analyse des sols, ce qui se passe dans les hangars du producteur, etc Deuxièmement, les produits sont passés à « la loupe » pour voir s’il y aurait éventuellement trace de produits chimiques.

Ces différents contrôles permettent donc d’être assez sûr de l’efficacité du label et de la non-présence de produits chimique dans les aliments. Bien sûr, comme dans tous les domaines, il y a de la fraude. Et comme le précise Daniel Cauchy, « une tension énorme se développe pour le moment du côté des producteurs « chimiques », qui attendent du Bio le moindre petit dérapage pour lui rentrer dedans. Or, on ne voit pas beaucoup de scandales sur le Bio, car on ne les raterait pas! ».

Plus cher le Bio?

En grande surface, le produit Bio est plus cher, c’est un fait. Car il se situe dans la catégorie « luxe » et que les grands magasins prennent des marges supérieures à celles des produits conventionnels.

Pour ceux qui ont la possibilité d’aller directement chez le maraîcher, qui propose des légumes de saisons, ces aliments ne sont pas plus chers que les autres. Selon certaines études du CRIOC, chez le fermier, chez l’artisan, on en arrive même à ce que certains produits de saisons Bio soient moins chers. Par ailleurs, il reste normal de payer très cher en hiver, une tomate, que ce soit en grande surface ou ailleurs.

Une autre constatation est que le consommateur « bio » mange différemment. Selon une étude comparative hollandaise et allemande (je dois demander à Cauchy laquelle), un ménage consommant Bio dépenserait 2 à 3 % de moins qu’un ménage « conventionnel ». Avec la même somme d’argent, manger plus de légumes frais, plus de céréales, beaucoup moins de produits animaux, pas ou très peu de produits « industrialisés » est en effet moins cher. Une autre différence majeure est que les consommateurs « bio » préparent leur repas, ce qui est différent de la lasagne toute faite qu’il n’y a qu’à mettre dans le micro-onde.

Sans oublier qu’en allant faire ses courses en grandes surfaces, Le consommateur est davantage happé par tous les produits proposés dans les étales et en ressort le caddy bien plus rempli, souvent de produits dont il n’avait pas besoin à la base, que si il avait été à la petite épicerie.

Peu mieux faire, en attendant un soutien politique ferme

Le Bio ne répond pas encore pleinement aux attentes qu’il s’était fixé, notamment à l’objectif de construction d’une alternative radicale à la « société du tout marchandise » et à la sécurité alimentaire. Néanmoins, la plupart des idées-reçues sur le Bio sont souvent erronées. Il est scientifiquement prouvé et certifié par le rapport de la FAO (Food and Agriculture Organization) publié en 2007, que ces aliments sont non seulement exempts de pesticides, fongicides et autres toxiques, mais également plus équilibrés et plus riches en micronutriments. Sans oublier qu’avec l’aide de la science, comme l’a admis la FAO, il est désormais possible de nourrir la planète biologiquement. Mais la réussite du projet Bio reste avant tout tributaire de la volonté politique, une volonté qui varie selon les régions concernées.

Matthieu Hellin

[1] R. Pachauri « Less Meat, less heat, Impacts of Livestock on climate change » août 2008.
[2-3] Bruno Parmentier, « Nourrir l’humanité », La découverte 2007
[4] Jean Michel Lecerfs, « Nature et Progrès »
[5] Jean Pierre Berlan, « Le formatage sociétal par les choix technoscientifiques: le cas de l’agriculture. »
[6] Le courrier International n°1003, « Les limites de l’agriculture biologique » 21 janvier 2010
[7] Brian Halweil, « L’agriculture biologique peut-elle nous nourrir tous? » p2
[8] Robert Nègre « l’alimentation, risque majeur » p116 et suivantes
[9] Rapport de la FAO sur l’agriculture biologique et la sécurité alimentaire, p 10, 2007
[10] Rapport de la FAO sur l’agriculture biologique et la sécurité alimentaire, p 3, 2007

En savoir plus:

Les rapports de la Fao sur l’agro-biologie
Brian Halweil, « l’agriculture biologique peut-elle nous nourrir tous ? »

4 commentaires sur “Bio : Info ou Intox?”

  1. Damien dit :

    Un truc aberrant, c’est que les règles du bio ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre.
    Voyez sur cette page : http://www.mieldupays.be/fr/content/6-miel-bio
    En France, un miel bio provient d’une zone de 3 km de rayon dont 51% est bio et en Belgique, ça doit être 99% !!
    De qui se moque t’on ? C’est ça l »Europe ?

  2. Flo dit :

    C’est toujours la même chose, vous niez la réalité le bio c’est cher, je suis désolé quand on est au RSA même si on est végétarien le bio reste trop cher, c’est une réalité que je vis tous les jours.

  3. que dire des statistiques qui parlent de 25% de la production industrielle jetée ou gachée. Ce chiffre me parait incroyable mais quand je vois de petits agriculteurs conventionels dans ma campagne, laisser pourrir des champs entiers sans les récolter, simplement parce qu’ils n’ont pas trouvé d’acheteurs, ça me parait plausible.

  4. Claude dit :

    Il ya plein d’actions qui font bouger le monde, nous sommes depuis plusieurs années convaincus des bienfaits du bio, pour la santé et notre environnement, nous sommes allez plus loin, suite a une reconvertion nous avons créés Ekéo. Une boutique de mode éthique et biologique, pour offrir a tous ceux qui le désire de consommer autrement. Nous proposons une mode actuelle et confortable : voici notre site et notre histoire.
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