Des bouquets de fleurs locales et de saisonReportages

28 avril 2020

L’éco-floriculture… Jamais entendu parler ? Il s’agit de proposer des fleurs locales et de saison plutôt que des fleurs coupées, cultivées à des milliers de kilomètres sans respect pour les humains ni la nature. Rencontre avec les créatrices de l’asbl « Dansons la Capucine », pionnières dans le domaine.

« Dansons la Capucine… » Quel beau nom pour une asbl et quelle belle rencontre nous avons faite en allant voir à Jamioulx (près de Charleroi) Fabienne et Graça qui l’ont créée ! Leur but principal est de sensibiliser les gens à la fleur locale et de saison. Elles étaient interpelées de voir que les fleurs que nous achetons viennent souvent de très loin, à des milliers de km d’ici : d’Afrique (comme les roses du Kenya) et d’Amérique latine. Leur culture très polluantes utilise beaucoup d’eau, de pesticides et d’engrais chimiques. Des lacs entiers ont été asséchés au Kenya pour permettre l’arrosage de ces fleurs vendues en Europe ! Sans même parler des conditions des travailleurs et du transport, nécessairement rapide, qui se fait souvent en avion.

Face à ce constat, Fabienne et Graça ont imaginé un projet constructif, sans chercher à tout rentabiliser à outrance ! En 2018, elles ont lancé l’asbl « Dansons la Capucine » avec une amie. Les voici après avoir déjà vécu deux saisons pleines. Ce projet, c’est leur geste pour la planète.

Les fleurs que nous achetons viennent souvent d’Afrique (comme les roses du Kenya) et d’Amérique latine. Leur culture utilise beaucoup d’eau, de pesticides et d’engrais chimiques.

Déjà amies des fleurs

Fabienne, toute jeune retraitée, a un potager depuis longtemps et a toujours aimé faire des bouquets avec les fleurs qu’elle trouvait. Elle ne veut pas acheter à n’importe quel prix et dans n’importe quelles conditions. Graça, qui travaille toujours, ne s’y connaissait pas spécialement en fleurs de jardin. Elle s’intéressait plutôt aux fleurs comestibles.

Fabienne a un terrain de sept ares. C’est là que les fleurs sont cultivées sans pesticide. Rien n’est mécanisé. À l’avenir, elles vont tester aussi plusieurs types de paillage. Quand il y a des gros coups de mains à donner au jardin, elles peuvent compter sur la famille et les amis qui viennent spontanément les aider.

Les amies veillent à la diversité des fleurs, aussi bien des vivaces que des annuelles. Elles cherchent des plantes rustiques et, comme les canicules commencent à s’inviter chaque été, elles choisissent aussi des plantes qui ne demandent pas beaucoup d’eau et qui sont plus résistantes à la chaleur.

Attenant à la maison de Fabienne, il y a une ancienne forge, où elles préparent les bouquets, font sécher des fleurs, organisent des ateliers, etc.

Chaque bouquet est unique

Tous les vendredis, après 16 h, elles ouvrent la forge pour accueillir les visiteurs. La plupart vient chercher un bouquet qui a été réservé via le site internet. Il n’y a pas deux bouquets semblables, quel luxe ! Et la variété de fleurs est incroyable. Ce qu’elles font, c’est de l’artisanat, cinq à dix bouquets par semaine. Elles décorent aussi des salles de mariage ou d’anniversaire dans un style champêtre, plein de couleurs et de fraîcheur. Fabienne et Graça consacrent en moyenne deux jours et demi à l’asbl. Elles sont très sollicitées aussi pour intervenir sur des festivités. Elles ne veulent pas trop de règles et de rigidité, elles font leurs bouquets à l’instinct.

Leur projet a aussi un volet social : lorsque les personnes viennent chercher leurs bouquets, un petit verre de sureau, de kéfir ou de sirop de fleurs les attend. On discute, on partage, on échange en toute convivialité. Il est arrivé que des voisins qui ne s’étaient jamais vus, se rencontrent là ! Elles profitent de ce moment pour faire passer leur message.

Leur idée fait des petits, elles accueillent régulièrement des personnes qui désirent démarrer des projets semblables. Toutes ces initiatives d’« éco-floriculteurs·trices » sont rassemblées au sein du collectif Belgium slow flowers.

Pour quelqu’un qui voudrait en faire son métier, il faut faire preuve de créativité pour combler la saison creuse (avec des sirops de fleurs, etc.). En Flandre, le domaine est déjà beaucoup plus développé. Culturellement, on y a l’habitude d’acheter chaque semaine un bouquet.

Rencontrer Fabienne et Graça a été un réel plaisir, nous ne savions pas que ce genre de concept existait. Désormais sensibilisées, nous veillerons à ne pas acheter n’importe quelle fleur, alors que la nature est si généreuse et que les fleurs cultivées dans notre région sont si belles.
« Dansons la Capucine » vous invite à les découvrir !

Fernande Dujardin et Monique Kerouanton 
Article publié dans Plein Soleil n°849 (janvier 2020), la revue de l’ACRF – Femmes en milieu rural
Illu : Dansons la Capucine, droits réservés

Plus d’infos :
Dansons la Capucine : www.dansonslacapucine.be
Belgian Slow Flowers (groupement d’éco-floriculteurs·trices belges) : http://belgiumslowflowers.be

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