Et si on jouait?Gestes pratiques

6 juin 2007

jouerQuand l’environnement (re)devient terrain de jeu, de jeu de société, de jeu que l’on invente, que l’on construit, que l’on goûte… pour le plaisir, pour grandir, en famille, il peut constituer un fabuleux creuset de valeurs, de connaissances, de relations, de créativité… Le jeu s’invite ainsi, l’air de rien, comme outil d’éducation relative à l’environnement familial. Un peu moins de morale, plus de plaisir… et des résultats assurés !

Au-delà de l’exemple qui se vit dans la famille et des leçons de choses qui se transmettent, notamment en matière de relations à l’environnement, pour beaucoup d’entre nous, le jeu a été la première pédagogie de la vie, moteur des apprentissages premiers. A travers le jeu, l’enfant explore le monde qui l’entoure, il lui permet de vivre des expériences, il peut être une façon de dépenser son énergie, de canaliser son agressivité, d’apprendre, de devenir plus performant. Il aide aussi à travailler la concentration, la patience, l’anticipation, les notions d’effort, d’adresse… (1)

En jouant avec d’autres, l’enfant se confronte à eux, sort de lui-même pour adopter le point de vue d’autrui, saisit le sens des règles, s’essaie à les renégocier, à les redéfinir, accède à la logique, ose tester sa puissance, sa subtilité stratégique en sachant que, s’il écrase son partenaire, ce n’est toujours que pour « jouer », il crée des alliances et coopère avec autrui, se confronte au hasard… la liste est longue. Terrain de jeux, terrain de vie… Les enfants qui jouent ensemble fabriquent leurs armes et leurs ressources pour la vie (2). Le jeu n’est jamais simple innocence : l’enfant s’y transforme, l’adolescent s’y mesure (3).

Prendre le temps de choisir un jouet

Le jeu est indispensable à l’enfant, mais les jouets ? Beaucoup de chambres d’enfants en sont pleines… Avant d’entrer dans les magasins de jouets, fermons les yeux et pensons à cet enfant. Qu’est-ce qu’il aime particulièrement faire en ce moment ? La réponse ne nous entraîne pas spécialement dans une dépense. Le futur cadeau peut naître entre nos mains, d’un matériau disponible ou d’une récupération… Ou d’une relation à l’enfant, une visite avec lui, une audace un peu folle, un week-end, une histoire, un déguisement maison… (3)

Si, malgré tout, nous achetons un jouet, pensons notamment à : éviter les piles (ou choisir des piles rechargeables), le suremballage, les gadgets de courte durée… ; soyons attentifs aux matériaux utilisés, au trajet parcouru, les conditions sociales de fabrication… et à recycler les jouets en bon état auprès d’enfants moins gâtés.

Jouer « à l’environnement »

Parmi les jeux de société familiaux, plusieurs ont pour objet l’une ou l’autre facette de la nature et de l’environnement. Outre de nombreux jeux de mémoire et de familles, voici quelques titres (à tester via la ludothèque, à se procurer dans de bons magasins de jeux) : Saute grenouille (Haba, dès 4 ans) ; Vol d’abeille (Haba, 5-7 ans) ; les jeux de la gamme Bioviva (dès 7 ans); Kyogami (Winning Move, dès 10 ans), Pingouin (Phalanx999, dès 6 ans); Pickominos (Zoch) ; Terra (Days of Wonder, dès 8 ans) ; Müll and money (Hans im Glück, 12 ans).

Des jeux sur Cdérom, citons : Forestia (3-7 junior ou 7-12) ; Perl et Gadoo au pays de l’eau (4-7 ans) ; Explore ta planète ! – les expériences des petits débrouillards (6-9 ans) ; Sim city (plus de 12 ans) ; Eingana – acte 1 : version 2 – Terre a une soeur jumelle… Plus d’infos sur www.lamediatheque.be (dans «documentaires»).

Place aux valeurs

Quelles sont les valeurs introduites dans le jeu ou le jouet proposé ? Quel modèle de société promeut-il ? Remet-il en question des habitudes, des comportements, des valeurs ? La perspective d’un développement durable nécessite des changements d’attitudes auxquels certains jeux peuvent contribuer… ou non. Sans exclure d’autres types de jeux, les jeux « coopératifs » apportent des alternatives intéressantes. Les guides « Jeux coopératifs pour bâtir la paix » (tomes 1 et 2) (4) proposent pour l’essentiel des jeux en plein air et dans l’espace. Citons également quelques jeux de société coopératifs : Le verger (Haba, 3-6 ans), Vert, le ver de terre (Haba, dès 4 ans), Félix flotte (Haba, 4-6 ans), Génial (Kosmos, dès 9 ans, version coop.), Marée noire (Intered, 10 ans-Adultes), Mobicité (IBSR, dès 10 ans)…

Ouvrir des territoires de jeux

Dans un coin de jardin, un morceau de cour… introduisez des matériaux de récup’ pour des constructions (planches, sacs de jute, corde, tiges…) ainsi que de la terre, du bois, des pierres, des plantes, des fruitiers… non conçus comme des biotopes à protéger écologiquement, mais comme des cadres à multiples activités ludiques. Les jeunes enfants apprécieront de transvaser, patauger, mélanger, faire flotter, de construire des cabanes, ou de les tracer au sol, de se balancer, se pendre, s’inventer des lieux et des personnages… et même de ne rien faire. (5)

Vivre la nature

L’éveil à la nature est devenu une activité indispensable pour renouer les êtres humains avec la nature, fondement d’une relation harmonieuse à l’environnement en général. Ce n’est pas une affaire de spécialistes, mais un plaisir à vivre quotidiennement en famille. Plusieurs guides d’activités proposent des idées de jeux et démarches pour explorer la nature par tous ses sens. (6)

Réhabiter la rue, le quartier

Par-delà nos peurs et dans les limites de la sécurité, n’ayons pas peur de dire oui à cet engouement pour les skates et les patins à roulettes, en ligne ou non. Avec eux, les adolescents se réapproprient des jeux dont on ne fait pas le tour en vingt minutes. Et plutôt que des lieux incontrôlables, ils habitent à nouveaux la rue et les trottoirs… quelle joie pour nos quartiers et nos villes ! (3)

Et un zest de créativité

Les enfants n’ont pas besoin de l’adulte pour développer leur créativité, mais bien d’espace de liberté pour l’exprimer. Pourquoi la créativité ? Parce que c’est gai et passionnant, parce que le monde change, et que pour être prêt à affronter des situations nouvelles, la connaissance des solutions d’hier ne suffit plus : il faut pouvoir inventer. (7)

Attention aux dérives !

Ne tombons pas pour autant dans le tout au « jeu » pour l’apprentissage… et prenons ce temps pour jouer, nous adultes, pour nous faire plaisir, pour vivre des moments de complicité avec nos enfants, pour nous déposer un instant hors du monde réel sans cesse plus complexe à appréhender…

Joëlle van den Berg
Article publié dans Symbioses (n°74), le magazine d’Education relative à l’Environnement du Réseau IDée

(1) Claire Coljon, Le Ligueur, n°41, 22/10/97
(2) Reine Vander Linden, LL n°42, 8/11/06
(3) Pascal Deru, LL, n°42, 23/10/96 et n°43, 5/11/97 (voir aussi :
www.casse-noisettes.be)
(4) Université de Paix (081 55 41 40) – www.universitedepaix.org
(5) « Les nouveaux espaces de jeux naturels. Construire en saule vivant et en bois ». Richard Wagner. Terre vivante. 1996.
(6) « Le guide de l’éducateur nature, 43 jeux d’éveil sensoriel », Ph. Vaquette, Ed. Le Souffle d’or, les ouvrages de Joseph Cornell, …
(7) « Soyons créatif, 1001 jeux et activités pour développer l’imagination des petits et des grands », Philippe Brasseur, Casterman, 2002.

Pour aller plus loin :

Un commentaire sur “Et si on jouait?”

  1. NVA dit :

    Un centre de ressources spécialisé dans les outils éducatifs et spécialement LES JEUX COOPÉRATIFS (40 titres au catalogue 2007-2008) : http://www.nonviolence-actualite.org

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