Sciences… Fiction ?Clés pour comprendreReportages

13 mars 2018

Chaque année, le Printemps des Sciences met à l’honneur la culture scientifique et technique à Bruxelles et en Wallonie. Une semaine d’activités pour petits et grands afin de mettre en lumière la place centrale qu’occupent les sciences dans notre société. L’édition 2018 se tiendra du 19 au 25 mars et aura pour thème : « Fiction ? » Un sujet déclinable à souhait.

Le Printemps des Sciences, c’est une semaine d’animations scolaires (de la maternelle au supérieur), d’ateliers, de conférences et autres nombreuses activités pour tout public. Cet événement annuel est impulsé par les cellules de promotion des sciences de l’UCL, l’ULB, l’ULiège, l’UMons et l’UNamur. S’y associent de nombreux partenaires, actifs à Bruxelles et partout en Wallonie : hautes écoles, musées, associations (dont certaines issues du secteur de l’éducation à l’environnement). Cette année, ces différents acteurs teinteront leurs activités d’une dose de fiction.

REGARD D’UN CHERCHEUR
Chercheur en biologique à l’UCL, Jean-François Rees partage quelques éclairages sur le monde scientifique d’aujourd’hui.
Les scientifiques, d’éternels sceptiques
« Certains utilisent les faiblesses de la science. Dans un débat, les populistes affirment des choses simples, alors que, pour les scientifiques, la situation est beaucoup plus complexe. Cette complexité a pour conséquence que, dans les médias, les discours des scientifiques sont toujours plus difficiles à faire passer. Le terme « climato-sceptique » est à mon sens mal utilisé. Les climato-sceptiques sont tous les scientifiques qui travaillent sur ces sujets-là. On est tous des sceptiques quand on fait nos expériences, même si on espère s’approcher de quelque chose qui correspond à notre hypothèse de base. On est tout le temps en train de douter et d’invalider notre théorie pour la rendre plus solide et évacuer ses faiblesses. Donc, par définition, on est tous sceptiques. A côté de cela, il y a des gens qui, sur base de pas grand chose, vont mettre toute une théorie par terre. C’est le cas des créationnistes qui utilisent les faiblesses et les incertitudes existant autour de la théorie de l’évolution pour entrer là-dedans à coups de forceps. C’est le cas, également, des climato-négationnistes. »
Savoir scientifique dans une tour d’ivoire
« Une des grosses difficultés, c’est que le savoir scientifique reste dans une tour d’ivoire. Il y a des médiateurs, que sont les journalistes, mais qui parfois font des grands raccourcis. Nos publications ne sont pas accessibles et quand elles le sont, elles sont parfois difficiles à comprendre. On est dans un niveau de difficulté qui fait que le commun des mortels ne sait plus accéder aux faits et juger par lui-même. Le savoir est publié dans des revues inaccessibles, même financièrement. Le mouvement Open Science œuvre pour que le savoir scientifique soit plus librement accessible. Et il y a une outil que les scientifiques devraient davantage utiliser, c’est Wikipedia. Les chercheurs ont tendance à regarder cela de loin et avec mépris. Pourtant, nous devrions investir cet espace de vulgarisation qui appartient à tout le monde et qui invite à citer ses sources, expliciter les faits, critiquer et remettre en question ce qui est écrit… »

Info ou intox ?

A l’heure où les infos circulent massivement et à grande vitesse, à coups de tweet et de like, comment séparer le vrai du faux, l’info de l’intox ? Comment passer son chemin en cas de fake news, d’informations truquées, non fondées, erronées ? « Jamais le besoin de vérifier l’exactitude des informations ne s’est révélé aussi crucial », souligne l’équipe organisatrice du Printemps des Sciences. Dans ce contexte, les sciences jouent un rôle fondamental, dans ce qu’elles apportent en matière de vérification de l’information, d’observation, d’expérimentation…

Jean-François Rees, chercheur en biologie à l’UCL, revient sur les fondements d’une démarche scientifique : « En tant que scientifiques, nous sommes des testeurs d’hypothèses. On part d’une hypothèse, qu’on essaye d’invalider, en espérant qu’au final elle soit juste. Sur base d’expériences menées et d’observations, on tente d’augmenter la probabilité que ce que nous proposons soit proche de la vérité scientifique. On parle souvent d’hypothèse la plus vraisemblable. » Rien n’est cependant figé, les théories scientifiques s’adaptent et évoluent avec le temps, au gré de nouvelles recherches. La question climatique en est un exemple : « Les premiers modèles climatiques dans les années 60-70 suggéraient un refroidissement climatique et pas un réchauffement. Depuis lors, on a affiné les recherches. Le modèle d’aujourd’hui est le produit de nombreuses recherches. Par contre, ce qui est grave, ce sont les semeurs de doutes, comme les climato-négationnistes, qui, sur base d’un petit fait, vont tenter de mettre toute une théorie par terre, alors que la situation est beaucoup plus complexe. »

Toile et esprit critique

Récemment, les réseaux sociaux ont joué un rôle dans la propagation de ces fake news. Pour le biologiste, accuser ces médias de tous les maux serait prendre un raccourci fort peu scientifique : « Plutôt que de regarder cet espace avec mépris, les scientifiques devraient l’investir pour communiquer et pour rendre leurs travaux plus accessibles. Sinon, on va laisser la place à ceux qui ont décidé de propager des contre-vérités scientifiques. » C’est donc à la communauté scientifique de mieux vulgariser et diffuser ses connaissances et ses constats. C’est aussi cela l’objet du Printemps des Sciences.

L’événement visera également à développer l’esprit critique des jeunes et moins jeunes. « L’esprit critique aujourd’hui n’est pas tant de remettre en question ce qui a été validé, mais surtout de faire le tri dans toutes les infos qui circulent. Et d’interroger par exemple aussi des procédés comme les algorithmes qui viennent renforcer nos propres croyances et vérités. Il y aura d’ailleurs une série d’activités à ce sujet lors du Printemps des Sciences », souligne Anne Bauwens, coordinatrice de ScienceInfuse, l’antenne de formation et de promotion du secteur des sciences et technologies de l’UCL.

Science ou science-fiction ?

Qui dit fiction en science, dit aussi projection dans le futur, inventions improbables ou visionnaires. L’innovation est intrinsèquement liée à l’univers scientifique. « Les sciences appliquées et l’approche technologique des sciences vise à produire de solutions, explique Anne Bauwens. Les ingénieurs sont ceux qui fabriquent ces machines révolutionnaires sur base des connaissances acquises par les sciences fondamentales. La bionique, la robotique et d’autres avancées scientifiques similaires visant à augmenter les capacités humaines, ce n’est plus une fiction. »

Le Printemps des Sciences sera l’occasion de mettre en avant ces innovations scientifiques. Certains ateliers proposeront d’ailleurs de se replonger dans des films de fiction des années 80 et se rendre compte que les inepties scientifiques d’hier sont devenues réalité aujourd’hui.

Alors, fiction ou réalité cette nouvelle édition du Printemps des Sciences ? Testez, vous verrez…

Céline Teret

Programme complet et inscriptions via www.sciences.be

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