Face aux ondesClés pour comprendreReportages

18 juillet 2018

Le pollution électromagnétique était au cœur d’une journée de réflexion organisée par Inter-Environnement Bruxelles (IEB). L’occasion de croiser les regards autour d’un sujet complexe et, souvent, clivant. Petit détour du côté des luttes et mobilisations citoyennes, celles de Bruxelles grONDES et de l’Association pour la Reconnaissance de l’Electro Hyper Sensibilité.

Il y a des sujets qui crispent, parce que clivants et générateurs d’avis contradictoires. Des sujets dans lesquels on s’embourbe au détour d’une conversation. Des sujets pour lesquels on a beau se munir d’infos puisées dans des recherches, études et témoignages, il y aura toujours quelqu’un, du badaud au scientifique, pour dire que non, la « vérité » ne se situe pas là mais bien ailleurs. La plupart du temps, ces sujets sont bien plus complexes que l’air qu’on veut bien leur donner et les débats qu’ils suscitent ne peuvent se conclure sur quelques hasardeux arguments.

Parmi ces sujets qui crispent, il y a la question des ondes électromagnétiques et de leurs impacts sur la santé et sur l’environnement. C’est précisément autour de cet enjeu que la Fédération Inter-Environnement Bruxelles (IEB) a décidé d’organiser son assemblée associative en juin dernier. Histoire de faire la lumière sur cette question qui fâche. Bien que certains indicateurs ne trompent pas… « Ces dernières années, la densification des ondes s’est accrue à Bruxelles. De 2014 à 2017, nous sommes passés de 5900 antennes relais à plus de 10 000, souligne Stéphanie D’Haenens d’IEB en guise d’introduction à cette journée. Et nous ne sommes qu’au début d’un déploiement massif. » En effet, la 5G est actuellement aux portes de la capitale.

Lire aussi l’article Recours contre la montre : à quand une législation protectrice contre la pollution électromagnétique ?, publié dans Bruxelles en mouvements n°293 (mars-avril 2018), la revue d’IEB.

Pour souligner la dégradation sur l’environnement et les conséquences sanitaires des ondes électromagnétiques, IEB les range délibérément dans la catégorie « pollution ». D’où l’intitulé de cette journée de réflexion : « Pollution électromagnétique ». Un parti pris engagé et assumé en toute cohérence avec les actions qu’IEB mène depuis plusieurs années pour défendre devant cours et tribunaux le niveau de protection des habitants aux rayonnements électromagnétiques. Cette journée de réflexion sur la pollution électromagnétique a réuni autour de la table un panel diversifié d’intervenant·e·s. En tout, quatre tables-rondes pour débattre autour des luttes et mobilisations, des enjeux sanitaires et environnementaux, des aspects juridiques et institutionnels, et enfin, des aspects économiques et sociaux.

Petit détour du côté des luttes et mobilisations sur le terrain, avec les témoignages de la plate-forme Bruxelles grONDES et de l’Association pour la Reconnaissance de l’Electro Hyper Sensibilité (AREHS).

grONDES, masse critique

« J’ai commencé cette mobilisation il y a 5 ans. Je n’imaginais pas alors que ce combat serait aussi fondamental, en regard de tous les enjeux qu’il touche : environnement sanitaire et urbanistique, respect de la vie privée, libertés fondamentales…  » Olivier Galand partage son engagement au sein de la plate-forme Bruxelles grONDES. Ce mouvement citoyen rassemble des quartiers bruxellois concernés par les projets et les implantations d’antennes relais 2, 3, 4 et bientôt 5G dans la capitale. Le mouvement dénonce avec force les normes bruxelloises qui ne suivent pas les recommandations de précaution sanitaire en matière de technologies mobiles. « Bruxelles grONDES n’est pas du tout opposée aux technologies mobiles pourvu qu’elles respectent la santé, l’environnement, la vie privée et les règles urbanistiques, souligne le militant. Nous souhaitons dépasser les arguments clivants et revitaliser la démocratie. »

Né à l’initiative de quelques habitants inquiets de l’installation future d’une antenne relais dans leur quartier, le mouvement a grandi pour toucher une dizaine et aujourd’hui une trentaine de quartiers bruxellois. Plate-forme assurant bénévolement la coordination de comités de quartiers et d’associations, Bruxelles grONDES se veut bien loin du phénomène NIMBY (not in my backyard – pas dans mon jardin). « Ca n’a pas de sens de se battre pour qu’une antenne soit déplacée… dans un autre quartier, explique Olivier Galand. Se regrouper pour constituer une plate-forme permet de créer une masse critique et d’avoir plus de poids pour s’adresser aux élus et aux représentants des opérateurs de téléphonie mobile. »

Porte à porte munis de pétitions, interpellations communales et recours en justice ont permis de remporter quelques victoires, devant le Collège de l’environnement de la Région bruxelloise et, récemment, devant le Conseil d’Etat (concernant la 5G). Même si, il est vrai, les combats gagnés le sont davantage sur base de motifs techniques plutôt que sur base d’une réelle reconnaissance des enjeux sanitaires. Autre victoire, l’émulation citoyenne générée dans certains quartiers. « Ca a crée un véritable dynamique humaine dans mon quartier. Et si un jour les antennes devaient quand même être installées, on aura au moins gagné ça. »

EHS, ces sentinelles

« Devenir électro-hypersensible, EHS, est un véritable parcours du combattant. Un jour, vous devenez EHS, ça vous tombe dessus comme ça. Moi, c’est arrivé le jour où les antennes 4G ont été installées. » Colette Devillers témoigne en toute humilité de son combat. Celui d’une personne sensible aux ondes électromagnétiques. « Très vite, on se rend compte que ce n’est pas une maladie qu’on traîne avec nous, mais que c’est environnemental. »

D’une personne EHS à l’autre, les symptômes varient : fatigue, maux de tête, vertiges, nausées, sifflements, plaques cutanées… En cause, les antennes relais 2, 3 ou 4G, les systèmes wifi et bluetooth, les téléphones portables… Sans compter que le nombre d’objets émetteurs et récepteurs ne cesse d’augmenter, que les différentes technologies se superposent, et que l’exposition est croissante et quasi constante.

Du coup, devenir EHS peut faire chavirer une vie. « Certaines personnes ont dû arrêter de travailler lorsque la wifi a été installée sur leur lieu de travail. D’autres ne savent plus aller à l’école ou à l’université. D’autres encore ont des difficultés pour trouver un logement. Certaines ont même quitté la Belgique, trop densément peuplée (et donc très exposée), pour rejoindre des endroits plus protégés, comme les Alpes ou les Pyrénées. » Avec pour conséquence, parfois, une rupture des liens sociaux. « C’est difficile de se faire reconnaître en tant que tel par la famille et les amis, car c’est une maladie qui ne se voit pas et c’est un problème qui est difficile à comprendre. » D’autant que pour l’heure, cette électro-hypersensibilité n’est pas reconnue comme maladie.

D’où la création, par Colette Devillers et d’autres victimes des ondes, de l’Association pour la Reconnaissance de l’Electro Hyper Sensibilité (AREHS). Une reconnaissance qui passe par la sensibilisation auprès du grand public, ainsi que par des actions auprès des politiques en vue d’une reconnaissance légale. Un autre objectif de l’AREHS est de favoriser l’entraide entre personnes EHS. De les recenser, aussi, via un formulaire en ligne. Pour servir de base à des études scientifiques. Pour mieux identifier l’ampleur des dégâts également.

Selon Colette Devillers, l’électro-hypersensibilité toucherait 3 à 10% de la population. Des personnes dont la souffrance n’est que trop peu comprise et qui, pourtant, rejoignent les rangs des donneurs d’alerte sanitaire et autres sentinelles environnementales…

Céline Teret

Illus 1 et 3 : IEB
Illu 2 : Bruxelles grONDES

En savoir plus :

No GSM, no wifi, à l’école

A Liège, l’Institut Secondaire Saint-Luc œuvre à limiter l’impact des ondes électromagnétiques entre ses murs. Le credo « No GSM, no wifi » est né lorsqu’un enseignant s’est avéré être électro-hypersensible. « L’école est entourée d’au moins 10 antennes relais, souligne Bernard Louis, chef d’atelier. Des analyses basses et hautes fréquences ont montré qu’on est constamment bombardés d’ondes. » Depuis lors, le câblage filaire est de mise presque partout dans l’école. Cela n’empêche pas d’utiliser les nouvelles technologies, indispensables dans la formation des élèves, notamment en photographie et en infographie.
A l’entrée des classes et ateliers, des paniers accueillent les téléphones portables des élèves, éteints ou en mode avion. « Les ondes électromagnétiques sont abordées au cours de sciences du 3e degré, ce qui permet aussi aux élèves de mieux comprendre notre démarche. » Le chef d’atelier souligne encore : « Notre objectif de départ était de respecter au maximum le principe de précaution, mais on s’est vite rendu compte que les moments passés sans téléphone portable permettent aussi aux élèves de se déconnecter et de se consacrer pleinement à la tâche scolaire. »
Si l’Institut Saint-Luc fait rempart aux ondes, les bonnes idées, elles, se propagent : d’autres écoles du quartier s’en sont inspirées !
C.T.
Extrait d’un article réalisé dans le cadre du dossier « Environnement et Santé » (n°119, été 2018) du magazine
SYMBIOSES

Laisser une réponse