Climat : ces enseignant·es qui soutiennent les jeunesReportages

29 avril 2019

Teachers For Climate a vu le jour pour marquer son soutien aux manifestations des jeunes pour le climat. Réunissant des enseignant.es néerlandophones et francophones, ce collectif s’organise pour agir à l’intérieur des écoles. Les associations d’éducation à l’environnement sont invitées à y prendre part. Rencontre avec Romy Aerts l’une des enseignant·es à l’initiative de Teachers For Climate.

Fin mars, l’Appel pour une école démocratique (Aped) organisait à La Louvière la rencontre-débat « Nos écoles face aux enjeux climatiques ». A plusieurs reprises, une question a surgi, ici formulée par Christophe Vermonden, responsable du département Education de Bruxelles Environnement et l’un des intervenant·es de cette soirée : « La plupart des élèves qui manifestent sont issus de milieux socio-économiquement favorisés. Pourquoi les autres jeunes n’y sont pas ? » A ce sujet, une enseignante présente dans la salle rappelle l’urgence sociale à laquelle doivent faire face certain·es de ces jeunes : « Le travail de l’enseignant·e devient très compliqué, certain·es jeunes sont très mal en point. » Romy Aerts, de Teachers For Climate, faisait elle aussi partie du panel d’intervenant·es. Et de rassurer : « Il ne faut pas culpabiliser. En effet, les enseignant·es doivent faire face à beaucoup de problèmes. » En interview, elle poursuit sa réflexion : « Le climat est la question de tout le monde. Il est nécessaire que tous les jeunes soient informé.es et qu’ils se sentent acteurs et actrices. En tant que profs, on constate souvent une ligne de démarcation dans nos classes. Ce sont en effet surtout les jeunes issu.es des milieux les plus favorisés qui aujourd’hui prennent part aux manifs. Mais poussons la réflexion plus loin : pour les jeunes issu.es de la classe ouvrière, les solutions avancées pour l’instant font payer les plus pauvres. Il faut venir avec des revendications correctes vis-à-vis des personnes plus pauvres. Des transports en commun moins chers, voire gratuits pour les jeunes. Les produits alimentaires ou d’entretien, les vêtements… les moins nuisibles pour le climat sont aussi les plus chers. Tout le monde devrait avoir accès à ces produits-là. De même, si on impose une taxe sur les émissions de CO2, ce seront de nouveau les plus pauvres qui seront touché.es en premier lieu et pas les entreprises qui sont la cause de ces émissions. Et pour les jeunes qui sont récemment arrivés de pays en voie de développement – souvent des pays beaucoup plus vulnérables face aux changements climatiques – c’est extrêmement difficile de constater que leur pays est dépouillé de ses matières premières par les pays riches, que les pays riches sont les premiers pollueurs et qu’en plus, ces jeunes et leurs familles, une fois ici, doivent payer pour cette pollution. Ou que leur pays d’origine est inondé avec les déchets industriels très toxiques des pays riches. Ou qu’on les culpabilise pour un développement peu « écologique ». Je comprends bien qu’ils préfèrent qu’on les laisse tranquille avec cette thématique. »

Comment est né le collectif Teachers For Climate ?

De façon spontanée et émotionnelle, lors de l’émergence du mouvement des jeunes pour le climat. Avec quelques collègues, on a écrit une carte blanche (1) autour de laquelle on voulait rassembler une trentaine de signataires. On en a eu 130 en 24 h ! L’idée était de dire que nous, enseignant·es, nous soutenons ces jeunes, tout en rappelant que ce mouvement est le leur. Ces jeunes prennent le risque d’être santionné·es en allant manifester pendant les heures de cours. On a appelé les directions à opter pour des sanctions raisonnables, pas pour des exclusions. Ensuite, est venu l’appel pour une grève mondiale pour le climat, le 15 mars. Là, les jeunes ont exprimé leur demande de joindre la mobilisation. Le matin du 15 mars, on a développé des actions de sensibilisation dans nos écoles et des manifestations locales, ce qui a permis de faire participer les plus jeunes élèves. L’après-midi, on a rejoint les 35 000 personnes qui manifestaient à Bruxelles.

Depuis lors, vous avez formulé des revendications. Quelles sont-elles ?

Nous sommes profs, notre travail principal se passe dans les écoles. Notre mission est d’instruire les jeunes à la compréhension du monde et aux possibilités de changement de ce monde. Les écoles, qui rassemblent profs, directions, parents, élèves, doivent devenir des acteurs pour le climat. A travers nos revendications, on souhaite travailler sur 3 axes. L’axe personnel, en sensibilisant à un mode de vie et une consommation (nourriture, entretien, vêtements…) plus écologiques et équitables, au tri et à la prévention des déchets, en éduquant aux enjeux climatiques… L’axe collectif, aussi, en mettant en place des actions pour venir à l’école à vélo, pour favoriser l’accès aux transports en commun, pour améliorer les bâtiments des écoles au niveau énergétique… L’axe international, enfin, exigeant une politique ambitieuse de notre gouvernement, en responsabilisant les grands pollueurs et témoignant une solidarité envers les pays en développement, pour que ces pays puissent avoir accès à un bien-être comme le nôtre tout en respectant l’environnement.

Comment allez-vous continuer à soutenir les jeunes dans le temps ?

Dans l’immédiat, on est en discussion avec Youth for Climate et Students for Climate pour savoir comment poursuivre leur mouvement pendant la période des examens. Il faudra ensuite discuter des suites, en septembre. Une nouvelle grève peut-être en septembre ? Il y a des idées, mais ce qu’on fera exactement dépend des jeunes. Nous restons là en soutien.

Et du côté des enseignant·es, quelles actions sont prévues à l’avenir ?

Plusieurs idées sont en cours. On a le projet de développer un curriculum cohérent pour les écoles. Un groupe de travail d’enseignant.es va plancher là-dessus, aussi bien pour l’enseignement néerlandophone que francophone, dans l’idée de proposer ce curriculum aux instances pédagogiques. Un autre projet est de soutenir la nouvelle enquête de l’Aped « Ecole, savoirs et climat » (2), en invitant un maximum d’enseignant·es à y participer avec leurs élèves. Sur base des résultats de cette enquête, une étude sera publiée qui servira de support de travail pour les enseignant·es.

Attendez-vous un soutien de la part des associations d’éducation à l’environnement ?

C’est important qu’on développe une collaboration étroite avec toutes ces associations. On dit toujours que les jeunes ne sont pas assez informé·es et sensibilisé·es, mais il en va de même pour les enseignant·es. Les profs ont besoin d’informations sur le plan scientifique (géographie, physique, chimie…), économique (comment concilier l’accès au bien-être pour toutes et tous et l’environnement), éthique et citoyen (en matière de participation, notamment). Les profs doivent être aidé·es par le plus d’associations possibles. Nous lançons d’ailleurs l’appel aux enseignant·es mais aussi aux associations spécialisées dans l’éducation au climat de prendre part à nos actions, notamment au groupe de travail sur le curriculum dans les écoles.

Propos recueillis par Céline Teret

Contacts via www.facebook.com/TeachersForClimate ou sur https://teachersforclimatebelgium.weebly.com

(1) Carte blanche publiée dans De Morgen et Le Vif, accessible sur www.petitions24.net/nous_professeurs_encourageons_les_ecoliers_a_sauver_le_climat
(2) En 2008 et 2015, l’Appel pour une école démocratique (Aped) avait organisé des enquêtes auprès de milliers d’élèves de 5e et 6e secondaire, pour évaluer leurs « connaissances citoyennes », en particulier sur le réchauffement climatique et l’épuisement des ressources énergétiques. L’Aped réitère l’expérience entre le 23 avril et le 10 mai. Infos et inscriptions via www.skolo.org

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