« Ce sont nos thèmes qui doivent être populaires, pas nous. »

1 juin 2006

Fabrice Collignon et David Dessers, coordinateurs du Forum social de Belgique, nous parlent du passé, du présent et de l’avenir du mouvement.

Que fait le Forum social de Belgique (FSdB) ?

David Dessers (DD) : Nous préparons ce Forum durant toute l’année à travers des réunions, lors desquelles les domaines d’actions communs des membres se précisent. On passe alors à la création de groupes de travail ou à la coordination des actions. Tous les membres donateurs (115) ne participent pas activement de la même manière, une journée de rencontre est alors l’occasion de réunir tout le monde autour de la table. Cette journée aura lieu en décembre : un Forum Social dont la date et le lieu exacts ne sont pas encore déterminés.

Fabrice Collignon (FC) : Pendant ce Forum, il est possible de discuter plus intensément et les intéressés peuvent apprendre à nous connaître. C’est un lieu de rencontre ouvert aux organisations et aux personnes, ainsi qu’une occasion d’élargir le forum.

DD : Nous essayons d’attirer davantage d’organisations en nous concentrant sur de nouveaux thèmes tels que le changement climatique, ses effets sur l’environnement, mais également sur la migration, l’agriculture… Nous sommes conscients que trop peu de mouvements de défense des immigrés participent au Forum et cela vaut tout aussi bien pour les associations culturelles.

Souhaitez-vous également impliquer les individus ?

DD : On nous dit parfois « élitistes », mais en fait il ne s’agit pas pour nous d’atteindre Monsieur Tout-le-monde ! Nos thèmes doivent lui parvenir via nos associations adhérentes. Ainsi il devrait recevoir de son syndicat, qui est également un de nos membres, plus d’informations au sujet de la mondialisation par exemple. Ce sont nos thèmes qui doivent être populaires, pas nous.

FC : Nous essayons d’atteindre plus de personnes en témoignant des réalisations concrètes du Forum. Nous devons améliorer notre communication sur ce point. Il existe effectivement de nombreuses alternatives au niveau local qui ne sont pas connues. Par exemple, à Liège se trouve une société coopérative qui organise le logement social à petite échelle ; à Anvers, il existe des groupes qui prennent la défense des sans-papiers…
Le FSdB a un rôle à jouer dans ce domaine et qui consiste à soutenir les initiatives locales et à les insérer dans un débat structurel, concernant les services de base au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) par exemple.

Qu’en est-il des réalisations concrètes ?

DD : Pendant nos réunions au début des années 2000, il était évident que de nombreuses organisations travaillaient sur l’AGCS (Accord général sur le commerce des services). Des actions ont été menées autour de ce thème, telles que la campagne sur l’eau, des enquêtes ont été réalisées… Aujourd’hui, la Belgique peut être considérée comme une pionnière dans le domaine de l’AGCS. Désormais, la directive Bolkestein, qui est également liée à l’AGCS, est plus que jamais à l’ordre du jour. De plus, le travail qui a été mené, entre autres, sur la taxe Tobin a même été rendu dans une loi en Belgique.

Collaborez-vous également au Forum social européen ?

FC : Nous suivons les préparatifs du prochain Forum social européen qui se tiendra du 4 au 7 mai à Athènes, en Grèce. Tous les deux mois, nous nous réunissons avec 300 personnes, ce qui nous permet d’échanger nos idées. En tant que FSdB, nous avons proposé des séminaires sur des sujets tels que Bolkestein, l’OMC, les services publics, la fiscalité et le développement durable.

Ressentez-vous une certaine « lassitude des Forums » auprès des organisations membres ?

DD : C’est le cas, mais c’est normal. Après la première manifestation altermondialiste massive de Seattle (1999), tout est allé très vite. De nombreuses organisations souhaitaient participer à cette nouvelle dynamique mondiale, même s’ils ne savaient pas très bien pourquoi ou comment. Après quelques années très passionnantes, l’enthousiasme s’estompe désormais un peu. Certaines organisations trouvent que le mouvement n’est pas assez radical, d’autres qui comptent de nombreux membres se soucient de certains individus qui attirent toute l’attention sur eux alors qu’ils ne représentent pour ainsi dire personne…

Cependant, le mouvement et les forums ont eu pour effet de réveiller les gens. Les grandes institutions comme le Fonds monétaire international tiennent désormais un autre discours, dans lequel la lutte contre la pauvreté apparaît systématiquement. Cela reste du blabla, mais auparavant il n’avait pas besoin de mentionner ce genre de chose. Une chose est sûre : quoi qu’il advienne, ce mouvement laissera des traces, quelle que soit la forme que les Forums prendront à l’avenir.


Propos recueillis par Lieve Reynebeau, Oxfam solidarité
Article publié dans la revue Globo, mars 2006

Pour en savoir plus :
- dossier de la revue Globo de mars 2006 intitulé “Le Forum social : Je m’implique aussi…

Laisser une réponse